18 janvier 2018

Parfums de janvier

Lys, jacinthes, mimosas ... c'est l'amitié qui fleurit ma maison, c'est l'amitié qui parfume ma maison









17 janvier 2018

Willy Vlautin, Ballade pour Leroy


Tout le monde devrait lire Willy Vlautin. Tout le monde mais en particulier les hommes (et les femmes) qui se piquent de politique et prétendent améliorer un monde qu'ils ne connaissent pas, qui n'ont aucune, mais aucune idée de la façon dont les gens vivent.

Willy Vlautin affirme être l'écrivain des "cols bleus", des "hard workers", des gens ordinaires qui travaillent dur et pourtant n'y arrivent pas. C'est la même veine qu'il poursuit depuis son premier roman, Motel Life, puis Plein Nord, Cheyenne en automne et maintenant Ballade pour Leroy.

Leroy s'était engagé dans la Garde Nationale parce que son patron l'y incitait et qu'il avait peur de perdre son boulot. La Garde Nationale est une unité de réserve susceptible d'intervenir  sur le territoire américain en cas de catastrophe, mais, manque de chance, l'unité de Leroy est envoyée en Irak. Lorsque commence le roman il est dans un centre de soin pour vétérans et, après une tentative de suicide se retrouve dans le coma. C'est autour de son lit d'hôpital que s'organise le roman et que se rencontrent les différents personnages : Freddie, le gardien de nuit, qui cumule deux boulots et n'arrive pourtant pas à s'en sortir financièrement, Pauline, une infirmière qui s'épuise à la tâche mais accorde  pourtant à chacun de ses patients la plus grande attention. Elle s'occupe en particulier de Jo, une jeune fugueuse dont abusent ses copains de squat.

Plonger dans un roman de Willy Vlautin c'est un peu plonger dans le bas-fonds de la société américaine, ce pourrait être sordide mais ça ne l'est pas. Car l'auteur éprouve pour ses personnages la plus grande compassion et même une certaine forme d'admiration. Ce sont des victimes mais ce sont surtout les héros du quotidien, ceux qui résistent, malgré la fatigue, malgré le manque d'argent. Freddy vend sa maison, qui était aussi celle de ses parents et grands-parents pour pouvoir récupérer ses filles parties avec son ex. Pauline passe tous les jours s'occuper de son père, sénile et acariâtre. A côté de Freddy, Pauline ou Darla, la mère de Leroy, extraordinaires modèles de générosité et d'humanité, il y a bien sûr tous les autres personnages, aussi vils que veules, mais c'est ainsi que se constitue l'équilibre du roman. Avec, en plus quelques échappées oniriques qui mêlent souvenirs heureux et cauchemars dans la tête de Leroy.

Le prochain roman de Willy Vlautin est annoncé aux E-U pour février. Je n'attendrai peut-être pas sa traduction pour le lire.







16 janvier 2018

Encore un chat poète ?


Oui, encore lui. Mais ce sera le dernier... sauf si vous allez chercher le livre de Minami Shinbo en bibliothèque ou en librairie.


15 janvier 2018

Godless


 Sept épisodes seulement, et une seule saison (pour le moment ? ). Mais cette série est un vrai bonheur pour tous les amateurs de western ... et les autres.


Bonheur visuel d'abord : dès le générique la beauté des images s'impose. Splendeur des paysages, grandes plaines désertiques, défilés rocheux, forêts emmêlées. Beauté des décors, celle de la petite ville minière perdue quelque part du côté du Colorado, beauté des costumes  aussi (parfois au détriment du réalisme mais qu'importe ! )


Et puis il y a les personnages, bien trouvés, bien campés : le jeune (et beau) cow-boy solitaire qui a quitté la meute des vilains qui lui servait de famille : trahison ! Et le voilà "traînant la mort derrière lui". Alice, deux fois veuve qui vit dans une ferme isolée où elle essaye d'élever des chevaux,  avec son fils et sa belle-mère (indienne). La communauté de femmes qui s'efforce de faire face depuis que les hommes de cette petite bourgade minière ont tous disparu dans l'explosion de la mine. Celui que l'on surnomme "preacher", le vilain de l'histoire, redoutable, cruel et sans pitié bien que ...
La série est suffisamment longue pour mettre en place de très nombreux personnages dont le portrait est affiné d'épisode en épisode et dont on découvre peu à peu qu'ils ne sont pas réductibles à je ne sais quel stéréotype en cours dans le western traditionnel, mais qu'ils sont bel et bien des créations originales.
Car la réussite de cette série tient au fait qu'elle utilise tous les clichés sans lesquels un western ne serait pas un western, mais en les revisitant, en leur donnant un tour inattendu, en plein accord pourtant avec la vérité historique.


Ai-je besoin d'ajouter que Godless s'affiche comme une série résolument féministe, car, bien que seules, ces femmes, veuves pour la plupart, sont capables non seulement de faire face, mais de construire et de s'inventer un destin. Sans compter que la plupart d'entre elles savent manier un fusil/

Godless est une série jubilatoire, dont il ne me déplairait pas qu'elle ait une suite. En Californie peut-être où Roy Good est parti rejoindre son frère ? Mais pourquoi le scénariste de la série, Scott Frank ne reprendrait-il pas pour les développer,  certains faits, certains personnages à peine esquissés;  je pense entre autres aux vétérans noirs de la guerre civile, les Buffalo Soldiers installés  dans une de ces communautés noires crées à la fin du XIXe siècle .... Godless, en 7 épidoses seulement a lancé suffisamment de pistes pour donner aux spectateurs envie de continuer l'aventure.

14 janvier 2018

Berawecka

Prononcez comme vous voulez, Berawecka n'est de toute façon qu'une approximation graphique du mot alsacien qui désigne ces pains constitués de fruits secs longuement marinés dans l'alcool. On  les prépare généralement au moment de Noël.

- Coupez en petits morcaux ou fines lanières : 250g de poires sèches, 125g de pruneaux, 125g de figues, 125g de dattes,
- Ajoutez : 100g de sultanines et 100g de raisins de Corinthe + 65 g d'amandes et 125g de cerneaux de noix hachés menu
 - orangeat et/ou citronnat dans des proportions non précisées (100g ?) + anis en grain, cannelle et clous de girofle moulus. Pas plus de précision sur les quantités, au goût de chacun je suppose.
- du kirsch (1/4 de litre ? ) pour faire mariner tout ça pendant au moins 1 nuit, 24heures c'est mieux.

On prépare ensuite un mélange de farine (200g) auquel on a ajouté un sachet de levure de boulanger et de l'eau. On mélange cette pâte avec les fruits marinés. Et l'on façonne avec les mains des pains oblongs (selon la taille on peut en faire 2 ou 3, voire 5 ou 6... ) que l'on dispose sur une plaque  recouverte de papier-cuisson. On dispose sur le dessus quelques amandes entières (émondées) et on laisse reposer.

Ce n'est que le lendemain (le 3e jour) que l'on fait cuire ces pains au four moyen (180°) pendant 45mn  ou moins : le temps de cuisson dépend évidemment de la taille des pains. A surveiller de près, pour que les raisins qui émergent ne noircissent pas.

Les pains une fois cuits, on les badigeonne d'un mélange sucre glace + kirsch. Les "berawecka" se conservent plusieurs jours voire plusieurs semaines. Mais méfiez-vous, leur consommation est très addictive.


Il y a dans cette recette, beaucoup d'approximations, mais c'est ce qui en fait le charme, puisque d'une fois sur l'autre, les Berawecka ne sont jamais tout à fait les mêmes.




13 janvier 2018

Motoya Yukiko, Mariage contre nature

Etrange petit roman, à la limite du fantastique. Etrange couple aussi que celui composé par San, femme au foyer et son mari, un être flou, amorphe, qui passe son temps à ne rien faire. San s'interroge sur sa relation de couple, sur sa place dans la société...
Ce roman de Yukiko Motoya, apprécié au Japon puisqu'il a obtenu l'équivalent du prix Goncourt japonais ne m'a à vrai dire pas vraiment convaincue. Peut-être parce que la complainte de la femme au foyer m'a paru un peu trop convenue, qu'il y a dans l'écriture quelque chose de faussement naïf finalement très artificiel ou que je n'ai tout simplement pas été sensible au côté "surréaliste" de l'histoire. Dommage. La couverture était jolie !


12 janvier 2018

El Presidente

La présence de Ricardo Darin dans un film est à coup sûr un gage de succès, tant il est vrai que cet acteur est capable de tout jouer et surtout de donner de l'épaisseur à son personnage, quel qu'il soit, simple greffier, escroc de haut vol, avocat véreux ou, comme dans le film de Santiago Mitre, le président nouvellement élu d'Argentine en route pour sa première rencontre avec les chefs d'état d'Amérique latine. Les enjeux sont importants : il doit faire ses preuves à la fois sur le plan national et international, alors même qu'un scandale vient d'éclater impliquant sa fille.

Le sommet a lieu dans un hôtel isolé de la cordillère des Andes; des paysages arides, glacés, un univers minéral qui suffit à donner froid dans le dos. Et le regard que le réalisateur porte sur ces chefs d'Etat coupés du monde par le choix du lieu, mais aussi par le protocole, le ballet incessant des assistants, conseillers, officiers de sécurité est effectivement glaçant. C'est par l'image et le rythme qu'il impose à son film que Santiago Mitre suggère le peu d'estime qu'il a pour ces hommes  - une seule femme dans le tableau, la Présidente du Chili - à l'ego sur-développé et qui se soucient plus de leurs intérêts personnels que de ceux de leur peuple.


Parmi eux, le "petit nouveau", Hernan Blanco dont le visage reflète l'honnêteté, la sincérité, le désir de bien faire.... jusqu'à ce que l'intrigue démontre qu'il n'est peut-être pas bon de se fier aux apparences.  C'est dans ce type de rôle que Ricardo Darin excelle. Séducteur comme dans ses premiers rôles mais de plus en plus ambigu, de plus en plus trouble, au fur et à mesure que l'intrigue avance. Capable du pire peut-être, mais sans le visage du "méchant".

Petit plaisir supplémentaire : j'ai retrouvé dans El Presidente l'actrice admirée dans La Fiancée du Desert : Paulina Garcia. 

11 janvier 2018

Hillary Jordan, Mississippi

La référence à Faulkner, utilisée par les éditeurs et les critiques dès qu'il s'agit d'un roman sudiste est lassante, parce qu'elle est systématique et pas toujours justifiée.
Dans le cas de Mississippi, le roman d'Hillary Jordan, la référence n'est pas totalement déplacée, surtout si l'on en juge par la scène d'ouverture où sous une pluie battante et la menace d'une inondation, deux frères creusent une tombe pour un père dont on ne sait pas très bien dans quelles conditions il est mort.

Il y a au moins deux façons d'aborder ce roman. Soit comme une saga familiale, celle d'un couple  qui quitte la ville pour s'installer à la campagne : un épanouissement pour le mari, Henry; pas pour sa femme, Laura, qui, en plus de la boue, de la chaleur, et d'un inconfort auquel elle n'est pas habituée, doit subir l'animosité de son beau-père.
L'autre lecture du roman est plus politique puisqu'il s'agit du retour dans la petite communauté du Mississippi de deux soldats revenus du front après la guerre de 40. L'un, le frère d'Henry est blanc, l'autre, le fils des métayers est noir. Le premier perturbe malgré lui l'équilibre familial, le second perturbe la communauté blanche habitué à ce qu'un Noir soit soumis. Or, lorsqu'il était en Europe  Ronsel a appris à relever la tête.

Certes, Mississippi n'est qu'une histoire de racisme ordinaire de plus dans un Etat où le racisme est endémique et où le Ku Klux Klan n'a pas totalement disparu. Ni dans les années 40, ni maintenant.
Mais l'histoire est exemplaire et le récit parfaitement construit avec une montée en tension qui laisse le lecteur sur le flanc.

























Je trouve toujours amusant de comparer les différentes couvertures d'un même livre, en l'occurrence l'édition brochée de la traduction française parue en 2010 et sa version en poche. L'une particulièrement dramatique avec ce chemin boueux et ce ciel chargé, deux éléments conformes à l'histoire.  L'autre plus éthérée, comme si la cueillette du coton était une aventure esthétique ...
Et l'on retrouve le même type de variation dans les couvertures des éditions américaines. 


10 janvier 2018

The Florida Project


The Florida Project est un film plein de couleurs. Violet, orange, rose... toutes les couleurs du rêve américain ou presque. Mais pour ceux qui habitent dans ces motels de seconde zone au bord de l'autoroute, le rêve s'est depuis longtemps transformé en cauchemar.

The Florida Project pourrait être un documentaire, mais des documentaires sur les délaissés du rêve américain, il y en a eu suffisamment. En choisissant d'en faire un film de fiction, qui plus est vu à hauteur d'enfants,  Sean Baker réussit à capter un public plus large qui s'imagine, au début en tout cas, retrouver l'esprit des 400 coups de Truffaut. Car le motel et le lotissement abandonné de l'autre côté de la route, constituent un fantastique terrain d'aventures pour Moonee et sa petite bande de gamins insolents qui accumulent bêtises sur bêtises.
Moonee n'a que 6 ans, mais c'est déjà une gamine insupportable, mal élevée ou plutôt pas élevée du tout par une mère qui vit dans une précarité extrême. Et semble aussi impulsive et aussi incontrôlable que sa fille.



Malgré la tension, le réalisateur parvient à garder la dimension ludique du film, grâce au regard de Moonee, confiante, en dépit de tout dans l'amour de sa mère, qui passe pourtant, aux yeux de la société pour une mère exécrable qu'il convient d'éloigner de sa fille.
Le film se concentre sur Moonee et sa mère, mais propose d'intéressants contrepoints avec le personnage de l'amie, qui parvient elle, à reprendre le contrôle de sa vie, et le manager du motel, joué par Willelm Defoe qui représente à la fois l'autorité et la bienveillance : il est celui qui fait respecter les règles, mais il le fait avec humanité.

Sean Baker parvient dans ce film à montrer la déliquescence de la société américaine, à montrer des individus que leur précarité prive de toute perspective d'amélioration, sans pour autant les enfoncer. Ce qu'il condamne, c'est bien évidemment le système économique tout entier basé sur l'idée que  l'argent et la consommation sont la source du bonheur.

09 janvier 2018

08 janvier 2018

Lucky


Heureuse surprise que ce film de John Caroll Lynch à côté duquel j'ai failli passer. Et cela aurait été vraiment, vraiment dommage !

Lucky est un film étonnant, insolite, bizarre, inattendu, touchant, drôle, léger et pourtant profond puisqu'il ne s'agit de rien moins que d'aborder la fin de la vie.

Lucky, qui donne son nom au film, est un vieux cow-boy qui trimballe sa silhouette dégingandée dans une petite ville du fin fond du Texas ou de l'Arizona en tout cas un lieu désertique où les tortues se perdent. Du cow-boy il a la panoplie complète, mais l'a-t-il jamais été ? Peu importe parce ce que désormais ce qui importe c'est son quotidien, la routine qui le rassure parce qu'elle ressemble à l'éternité : toilette, exercices de yoga, arrosage du cactus, traversée de la ville jusqu'au restaurant où il a ses habitudes, où on lui apporte son café juste comme il aime, où il passe la matinée à faire ses mots croisés,  bouteille de lait achetée à l'épicerie mexicaine, le juron lancée chaque jour au même endroit le retour à la maison pour ne pas manquer ses émissions préférées... une vie faite de petits riens,  d'habitudes rassurantes, d'amitiés solides puisque dans ce coin perdu tout le monde se connaît.

Lucky fume comme un pompier, mais même son médecin lui dit que cela ne vaut pas la peine d'arrêter. A 90 ans, les jeux sont faits.  Malgré les perspectives - ou plutôt l'absence de perspectives ! - Lucky n'est pas un film triste, ni même déprimant. C'est au contraire un film lumineux, ensoleillé - après tout on est dans le Sud des Etats-Unis. Un film enjoué ! Qui repose essentiellement sur l'acteur qui incarne le personnage de Lucky et qui fait à lui seul tout le charme du film : Harry Dean Stanton. Sa silhouette, sa démarche, son regard malicieux, son sourire, surtout son sourire. L'habitué des seconds rôles trouve là, pour son dernier film, un fantastique premier rôle.

Lucky est un des ces films rares, un film subtil qu'il ne faut pas manquer, un film que j'ai l'intention de revoir au plus vite pour en savourer chaque moment, chaque phrase, chaque détail.
Et puis j'aimerais confirmer mes hypothèses, car le film de John Caroll Lynch, sous ses dehors désinvoltes, est plus audacieux qu'il n'en a l'air puisqu'il suggère que l'être humain n'a pas besoin pour vivre de perspectives eschatologiques. Mais parler d'immanence ou de transcendance à propos de ce film serait l'alourdir; laissons lui sa légèreté, la suprême élégance de l'âme tragique.

05 janvier 2018

Callan Wink, Courir au clair de lune avec un chien volé



J'ai d'abord craqué pour le titre ! Et la couverture !  Pour la lune "gibbeuse" ensuite, et le jeune homme qui court, nu, au milieu de la nuit...
La première nouvelle qui donne son titre au recueil est pour le moins intrigante. Les suivantes ne le sont pas moins. Et le jeune homme qui les a écrites est passablement talentueux parce que malgré la situation insolite dans laquelle il place des personnages qui n'entrent pas tout à fait dans les normes sociales habituelles, il ne s'éloigne jamais de la réalité. Les nouvelles de Callan Wink sont étranges, mais elles sonnent juste parce que derrière les gestes, les attitudes, il y a la vérité des personnages, des personnages qui semblent toujours à un moment décisif de leur vie, tiraillés par des besoins, des envies contraires, des personnages en équilibre précaire dont le destin reste comme suspendu, alors que tout peut encore basculer d'un côté ou de l'autre.

Et ne comptez pas sur l'auteur pour trancher. Ce serait trop facile, trop artificiel. Callan Wink crée des personnages, imagine des situations, décrit des lieux, mais ses nouvelles ne se terminent pas par une "chute". Au lieu du "twist "final attendu dans une nouvelle française,  il propose une fin ouverte qui laisse au lecteur la possibilité de poursuivre dans sa tête l'histoire ainsi amorcée.

Se référer à Jim Harrison pour présenter Callan Wink, comme le fait son éditeur, ne me paraît pas nécessaire, bien que ses nouvelles se passent dans le Montana et le Grand Ouest en général; d'ailleurs ses personnages ne sont ni misogynes ni alcooliques ! Ouf ! Le talent de Callan Wink et lui seul suffit à l'inscrire, dès ce premier recueil parmi les écrivain à suivre.

Le titre original : Dog, run, moon. 3 mots juxtaposés, comme une consigne dans un atelier d'écriture. A vos plumes ?

04 janvier 2018

Peter Geye, L'homme de l'hiver



Autant prévenir tout de suite : j'ai bien aimé ce livre de Peter Geye, mais je l'aurais sans doute plus aimé encore si l'auteur n'avait constamment cité la marque des sacs à dos avec lesquels les personnages partent en expédition. De beaux sacs, c 'est certain ! Garantis à vie ! Que la marque soit mentionnée une fois, l'incidence est insignifiante, mais systématiquement ? Je suppose que l'auteur a été subventionné par la marque, tant mieux pour lui; le procédé toutefois est irritant et a fini par altérer voire gâcher ma lecture ! Je ne crois pas que la littérature ait pour objet de servir de support publicitaire !  
J'ai été gênée également dans ma lecture par la référence permanente à la "boutique d'apothicaire" qui n'est sans doute qu'un vulgaire "drugstore" puisqu'on est dans l'Amérique des années 60. Mais ce sont là des réactions épidermiques à des détails mal venus.

Ceci étant dit, le roman séduira certainement les amateurs de "nature writinng" et de grands espaces puisque l'histoire se passe dans le Nord du Minnesota, dans une région où se succèdent forêts, lacs, rivières et marais, une région dont la cartographie était encore aléatoire quand Harry embarque son fils Gus pour partager avec lui une aventure du genre extrême et mal préparée. Là, ça ressemble un peu à du David Vann ... mais ça fonctionne, les aléas de la remontée de la rivière et les risques que courent les deux hommes alors que l'hiver approche, suffisent à retenir l'attention du lecteur.                                                                                                         Peter Geye néanmoins double ce récit d'un deuxième récit, plus morcelée, plus incertain, un récit familial cette fois où il est questions de ceux qui se sont aimés puis détestés... à force, je me suis un peu lassée de ces allers-retours entre passé et présent,  entre la saga familial et le roman d'aventure, doublé d'un roman policier puisque c'est bien connu, dans les forêts du Grand Nord, les hommes sont beaucoup plus redoutables que les ours.                                                                                                 Il y a en fin de compte dans ce roman quelque chose qui m'a empêchée d'adhérer complètement. Peut-être parce que j'en ai trop facilement mis à jour les ficelles ? Quoi qu'il en soit, L'Homme de l'hiver mérite certainement discussion.

03 janvier 2018

Les Bienheureux

L'Iran, le Congo, le Chili  et maintenant l'Algérie ... Voir des films, c'est une façon comme une autre de voyager et d'en apprendre beaucoup sur l'état du monde. Qui ne va pas bien c'est évident, mais est-ce pire aujourd'hui qu'hier ?
Sofia Djama, réalisatrice des Bienheureux, a construit son scenario autour de  personnages qui appartiennent à des générations différentes :  celle qui a connu la guerre civile et celle qui est trop jeune pour se préoccuper du passé. Elle n'oublie pas non plus de choisir ses personnages dans des milieux différents ce qui lui permet de montrer la diversité des réactions vis à vis de la situation actuelle de l'Algérie avec une certaine crédibilité.


Malgré les apparences, la vie n'est facile pour personne. Le médecin qui continue de pratiquer des avortements est toujours à la merci d'une dénonciation. L'universitaire dont l'établissement enchaine grève sur grève a perdu toutes ses illusions et ne ne rêve plus que de quitter l'Algérie, comme l'ont fait ses amies qui ont fui depuis longtemps. Dans ce milieu d'intellectuels qui s'efforcent de vivre avec le désenchantement la parole circule aisément. Mais pour Sahim, le fils étudiant, les mots ne sont d'aucun secours, il est comme la plupart de ses amis, sans projet, sans avenir, sans espoir.
Les "vieux" doivent faire avec leurs déceptions, leurs regrets. Les jeunes se laissent tout simplement glisser vers le vide ou aspirer vers le mysticisme. Il y a pourtant Feriel, une jeune fille rayonnante, qui s'occupe de son père handicapé, une battante qui trace son chemin comme elle le peut.

L'intérêt du film de Sofia Djama tient donc essentiellement au choix de ses personnages et à leur mise en situation. Bien sûr on est en Algérie, où les coupures d'électricité sont fréquentes, où rien ne fonctionne vraiment, où la corruption est la règle; pourtant ce que la réalisatrice dit sur le comportement des personnages vaut pour tout autre pays qui a connu un temps de troubles politiques ou une dictature et qui ne sait plus comment gérer son présent. Mais c'est justement parce qu'il est ancré dans une réalité bien précise que le film touche à l'universel.

Et puis il y a cette ville blanche, magnifiée par la photo, qui donnerait presque envie de partir tout de suite pour en faire la découverte. 


01 janvier 2018

Minami Shinbô, Mes Chats écrivent des haïkus


La mer, évidemment !
Et un beau livre plein de poésie, à feuilleter page après page.
Pas de meilleure façon pour commencer l'année.