25 avril 2018

Vent du Nord



Vent du Nord est un film sympathique, mais beaucoup trop didactique pour être passionnant. En effet, le réalisateur, Walid Mattar, entend démontrer les effets pervers de la mondialisation sur les deux rives de la Méditerranée, comme le suggère clairement son affiche.

En France c'est une usine qui ferme : un ouvrier entend faire fructifier ses indemnités en montant une petite entreprise de pêche familiale, et se heurte aux difficultés administratives. En Tunisie où l'usine française a été transplantée, c'est un jeune homme, récemment embauché qui déchante rapidement devant les conditions de travail et l'absence de perspectives. Des vies gâchées malgré les efforts des personnages.

La démonstration est certes efficace, mais un peu ennuyeuse malgré un casting très réussi.




24 avril 2018

Jenni Fagan, Les Buveurs de lumière


L'avantage de la littérature (de la bonne littérature) c'est de nous transporter dans des univers hors de notre portée et pourtant émotionnellement si proches de nous parfois. C'était le cas du roman jamaïcain que je commentais hier. C'est le cas du roman écossais que je commente aujourd'hui.


Ce pourrait presque être un roman de science-fiction puisqu'il se passe pendant l'hiver 2020. Mais c'est plutôt un roman sur le changement climatique puisque les températures ne cessent de descendre jusqu'à atteindre les - 50° (Celsius) !
Il fait donc froid, dans le camping-car dont vient d'hériter Dylan après la mort de sa mère et de sa grand-mère. Il est seul et triste mais fait rapidement la rencontre des autres habitants de ce parc de caravanes, en particulier de sa voisine Stella, une gamine plutôt délurée, et de sa mère, une femme qui sait tout réparer.

Le lieu, les personnages, les préoccupations de chacun tout dans ce roman est insolite, bizarre mais pas dénué d'humanité. Le temps qu'il fait est bien sûr au coeur du roman et Jenni Fagan décrit comme personnes les aurores boréales. Au point de vous donner envie de tout lâcher pour aller voir si là-bas, tout au Nord de l'Ecosse, c'est aussi beau qu'elle le prétend.

23 avril 2018

Kei Miller, By the rivers of Babylon



Voilà un livre à lire avec Bob Marley dans les oreilles ou avec en tête le Psaume 137.

" Sur les bords des fleuves de Babylone, 
nous étions assis et nous pleurions, 
en nous souvenant de Sion."

C'est dire si le livre de Kei Miller est dépaysant !  Et un roman qui se passe en Jamaïque, qui vous parle d'un prêcheur volant (Alexander Bedward, qui a réellement existé !),  qui vous parle des rastafaris et de leur dreadlocks, qui vous parle d'une population noire opprimée mais aussi de sa résistance, est une chose assez rare pour qu'on s'y intéresse. D'autant que l'auteur sait manier la langue avec virtuosité puisqu'il l'adapte à chacun de ses personnages.
Comme le prêcheur volant, le lecteur se retrouve entre le ciel et la terre, entre une réalité difficile, violente parfois et un monde imaginaire, mystique, chaleureux. 
By the rivers of Babylon est un livre peu ordinaire, avec énormément de charme.

22 avril 2018

Gabriel Tallent, My Absolute Darling


Beaucoup de bruit autour de ce livre, qualifié de "livre phénomène", de "roman inoubliable".
Mais j'avoue ne pas souscrire tout à fait à ces propos dithyrambiques. Et le roman de Gabriel Talent est loin de m'avoir convaincue.

On s'attache, c'est certain au sort de Turtle, cette gamine qui vit avec son père dans le Nord de la Californie parce que Gabriel Tallent est un écrivain habile. Trop habile peut-être, parce qu'il semble avoir composé son roman en reprenant certains thèmes porteurs qui fonctionnent bien en littérature : les grands espaces, la vie au plus près de la nature, le survivalisme tendance paranoïde.
A ces grands thèmes il ajoute une intrigue empruntée à la réalité la plus sordide, celle des enfants abusivement retenus par des adultes prédateurs, jouant de de la relation ambigüe, mais au fond totalement perverse qui s'établit entre eux. Le genre d'histoire que l'on trouve trop fréquemment dans les médias.

Malgré tout le talent de l'auteur pour tresser les fils de son roman et ménager un semblant de suspens le déroulement de l'intrigue m'a paru trop facilement prévisible. Il y a en fin de compte dans ce roman, un je ne sais quoi de trop fabriqué qui m'a donné l'impression que Gabriel Tallent cherchait avant tout à manipuler son lecteur.

Daniella Carmi, La Famille Yassine et Lucy dans les cieux

  Pas terrible ce titre, beaucoup trop long, mais intriguant quand même. Et le roman lui-même est intriguant. Bizarre aussi. Et un peu loufoque.

L'histoire est racontée par Nadia, qui bien que de famille chrétienne a épousé Salim un musulman. Ils vivent dans un petit village israélien et on adopté en enfant, Nathanael, dont ils ne savent rien si ce n'est qu'il a au moins 8 ans mais ils découvrent rapidement qu'il est autiste. 

Ce rapide résumé pourrait être trompeur car il ne s'agit pas vraiment d'un roman sur l'éducation d'un enfant avec handicap, non il s'agit plutôt de montrer comment la société israélienne essaye de s'accommoder des impératifs religieux, comme des problèmes posés par l'immigration et bien sûr l'économie. Danielle prend le parti d'en rire plutôt que de s'en plaindre et c'est ce qui fait le charme du roman. Mais derrière les propos ironiques, transparaît la vérité : comme Nathanaël, la société israëlienne a son propre fonctionnement souvent incompréhensible pour ceux qui pourtant l'on adoptée de plein gré.

21 avril 2018

Ready Player One

Sortir à 3 mois d'écart deux films aussi différents que Pentagon Papers et Ready Player One relève de la gageure. Et pourtant le pari n'est pas loin d'être réussi ! Parce que le discours de Spielberg, d'un film à l'autre, ne change pas tellement : ce sont toujours les "bons" qui finissent par triompher des méchants.

Ce qui change d'un film à l'autre, c'est moins la nature du mal -  qui connaît autant de versions attestées par l'histoire que de versions probables dans le futur - que la façon de le présenter, et par conséquent les spectateurs auxquels le réalisateur s'adresse. La sortie rapprochée de ses deux derniers film met clairement en évidence que Spielberg vise, avec Pentagon Papers, un public informé, rôdé au cinéma classique dont il apprécie l'efficacité lorsqu'il s'agit de rappeler un moment particulier de l'histoire du XXe siècle. Ready Player One, bien que porteur du même message humaniste (l'individu, ou plutôt des individus unis contre un système auxquels tous se sont soumis par ignorance ou par facilité) vise un public plus jeune, capable d'apprécier les références cinématographiques autant que l'immersion dans les jeux video et la cuture pop des années 80.


Dans son dernier film cependant je crains que le discours de Spielberg, simplifié au profit du formalisme, ne se soit perdu dans les effets visuels. Les personnages sont trop ... démonstratifs pour être vraiment crédibles et susciter quelque émotion que ce soit.
Pas d'émotion donc  mais une petite irritation devant cette image de mains tendues entre un enfant - un être humain en voie d'achèvement? - et un être issu d'un brouillard céleste. Une image qui fait office d'auto-citation (E.T.) autant que de référence picturale (Michelangelo) et dans laquelle il est difficile de ne pas voir une allusion religieuse, comme une nécessaire re-création du monde. J'avoue que de ce genre de référence, je me passerais volontiers.

Ernest Gaines, Mozart est un joueur de blues

- Zut j'aurais dû t'en parler hier.
- De quoi ? 
- Du livre d'Ernest Gaines, Mozart est un joueur de blues.
- Et ça parle de musique ?
- Pas vraiment ! Mais ça parle de ce que c'est d'être noir en Louisiane, le sujet de tous les livres de Gaines publiés depuis une dizaine d'années par les Editions Liana Levi. Pas un roman mais 5 nouvelles, une préface et une postface.  C'est la préface qui porte le titre Mozart est un joueur de blues.  Gaines y explique comment, après être parti en Californie, il est revenu en Louisiane et a compris alors pourquoi il devait devenir écrivain : "si Mozart et Haydn apaisent mon esprit [...] ni l'un ni l'autre ne peut me parler de la Grande Crue de 1927 comme Bessie Smith et Big Bill Bronzy. Et aucun ne peut décrire comme Leadbelly la prison de l'Etat de Louisiane à Angola, ni aucun me dire comme Lightning'Hopkins ce que ça signifie d'être libéré sous caution et placé dans une plantation pour y faire son temps." Il s'est depuis appliqué à faire en littérature ce que les chanteurs de blues ont fait en musique. Il ne chante pas, il ne joue pas de la guitare; c'est par l'écriture qu'il exprime l'âme de son peuple.
 - Ouais, je suis pas sûr d'avoir tout compris, . mais je sais que tu es une fan absolue de ce Gaines. Et ... Mozart est un jour de blues, c'est vraiment un bon titre !

18 avril 2018

Nola : Un peu de musique quand même (suite) !



- Ah ! Enfin ! 
- Quelques notes écoutées au hasard, pas beaucoup plus, car l'abondance des clubs, des bars et des restaurants où se produisent les musiciens est telle qu'il est vraiment difficile de s'y retrouver, à moins bien sûr d'être un initié et de vivre depuis plusieurs années à la Nouvelle Orléans. 
- Ce qui sans doute ne te déplairait pas...


- Au moins quelques mois, ce qui m'aurait permis de retourner chez Mulate's qui fait plutôt dans la cuisine cajun et la musique zydecco.
- Encore un autre histoire ?
- Sans doute mais pas maintenant. Plus tard peut-être.


- Bizarre quand même, les musiciens sur tes photos, ils sont presque tous blancs. 
- Et alors ?
- Ben j'croyais ... enfin l'histoire du jazz, c'est plutôt une histoire noire.
- L'histoire en effet.  Mais quelle est la couleur de la musique ? Tiens si tu veux en savoir plus, j'ai un bon livre à te conseiller : Le Peuple du blues. Il date de 1963...
- ... pas franchement récent !
- ... mais l'analyse que fait LeRoi Jones est intéressante. En fait c'est plus une histoire du peuple qu'une histoire du blues parce qu'il utilise la musique pour montrer l'évolution de la société noire depuis l'installation de l'esclavage jusqu'aux années 60. C'est parfois un peu difficile à suivre parce qu'il y a beaucoup de références, mais c'est un livre capital pour comprendre quelle a été la place des Noirs dans l'histoire de l'Amérique.Une histoire vue de l'intérieur en quelque sorte.

17 avril 2018

Nola : Un peu de musique quand même !

- Ah! Quand même ! Tu te décides...
-  Juste pour avoir la paix. Parce que la musique, il vaut mieux l'écouter qu'en parler, non ? Et franchement, à la Nouvelle Orléans, si t'es pas un expert, t'es perdu. Trop de musiciens, trop de clubs, trop d'orchestres, de fanfares...
- Et toi bien sûr .... Cause perdue ! Même pas la peine ...
- Et bien détrompe-toi ! Je t'ai trouvé une photo de Lionel Batiste, le percussionniste et batteur du Treme Brass Band ! Il est mort en 2012,  mais comme il ne voulait pas que les gens le regardent "de haut" quand il serait dans son cercueil, il a exigé d'être présenté débout à ses funérailles.
- Beurk. Macabre ton histoire. T'as pas mieux ?
- Une messe gospel dans l'église St Augustine ?
- Déjà mieux !
- Oui mais il faut se plier à tous leurs trucs, debout, assis, à genoux... L'église en tout cas est intéressante, parce que c'est la plus vieille de Treme et qu'elle a, dès le départ, été une église intégrée.
- Intégrée ?
- Noirs libres, Créoles, Blancs et même esclaves tous admis dans la même enceinte. L'église a failli être abandonnée après Katrina, mais les paroissiens se sont mobilisée pour la garder. Un monument "à l'esclave inconnu" a même été installé en 2012 à l'extérieur du bâtiment en souvenir de tous ceux qui n'ont jamais eu de tombe.


- Une croix ... Franchement pas terrible.  
- Regarde mieux !


- Dis donc, ton billet sur la musique, il devient franchement sinistre.
- Lugubre oui. Bien que  là-bas, la mort soit envisagée d'une façon très particulière, carnavalesque et pas du tout lugubre. Va voir sur Youtube les "jazz funerals" et les "second lines". Un enterrement ? Juste un prétexte de plus pour jouer de la musique, danser et boire de la bière !
- Exactement ce qu'on fait dans les bars, non ?
- Exactement !  Mais on verra ça demain.


16 avril 2018

Nola : 9th Ward





- Et là tu fais quoi ? Des photos pour l'office du tourisme de la Nouvelle Orléans ?Tu crois pas que t'exagères un peu ?
- Et toi, tout de suite prêt à râler ! La carte postale tu veux bien, mais la réalité ? Franchement, ça ne te serre pas le coeur quand tu vois des maisons dans cet état ?
-  Ouais, un peu. Mais c'est sûr que les maisons de bois, si on fait pas gaffe, ça moisit vite avec l'humidité.
- Et quand il ne reste rien de rien sauf un peu de béton...


 - Oh, ça va, j'essayais juste de faire semblant. Parce que je sais très bien ce qui s'est passé ici en 2005.
- En effet, c'est facile à comprendre. Derrière le mur, il y a un canal qui fait la jonction entre le lac Pontchartrain et le Mississippi. Une brèche dans le mur et c'en est fini pour les maisons en contre-bas.


- "3400 familles dont 50% étaient propriétaires de leurs logement". C'est bien ce qu'il y a marqué sur le panneau ?
- Oui. Et la plupart de ces maisons ? Disparues, "washed away" en quelques minutes. Tu as beau savoir, sur place le souvenir de ce qui s'est passé est encore plus poignant.
-Tu m'étonnes !
- Mais ce que je voulais voir, c'est l'état du quartier 13 ans plus tard. Et je n'ai pas été déçue. Parce qu'en dehors des traces laissées par Katrina, il y a les efforts faits pour reconstruire. Le quartier des musiciens, de l'autre côté du canal par exemple et les efforts de la fondation Make it right, dirigée et financée par Brad Pitt. L'idée étant d'essayer de maintenir sur place la population si durement touchée.
- Et ça marche ?
- A vrai dire, je n'en sais rien parce qu'il faudrait pouvoir accéder aux bilans s'ils ont été effectués. Mais je trouve le projet intéressant. Soit construire sur place une centaine de maison, qui répondraient à des critères précis  : pilotis pour parer d'éventuelles inondations, matériaux recyclables, panneaux solaires, bref des maisons écologiques ET économiques pour qu'elles restent accessibles à la population d'origine (afro-américaine pauvre).
- L'est pas un peu utopique le projet ? Genre Bisounours.
- Evidemment il a ses détracteurs ! Toujours est-il qu'une centaine (?) de maisons ont été construites, qu'il a été fait appel à des architectes de renom et que les futurs habitants ont eu leur mot à dire. Du coup cela donne des maisons modernes, avec un petit quelque chose en plus genre "couleur locale", comme les couleurs pastel et les porches, si utiles pour observer ce qui se passe et entamer la conversation avec un voisin.





- Ouais, plutôt sympa. 
- Je reconnais que pour le moment c'est un habitat un peu clairsemé, essentiellement résidentiel...  Mais ça ne fait qu'une dizaine d'années que le projet a démarré.
-T'as qu'à y retourner dans 10 ans  ! 
-10 ans ! ça fait long !

15 avril 2018

Nola : la couleur des quartiers


Juste pour le fun !






- Alors, tu les trouves comment ces maisons ? 
- Plutôt funky ! 
- Oui, pas grand chose à voir avec les balcons de fer forgé du Quartier Français ! Moi, ce qui me réjouis, c'est l'extraordinaire variété de ces maisons.  Mais ce qui m'inquiète c'est l'effet AirBnB ! 
Des maisons, restaurées, séduisantes, et des habitants "de passage", pas de vrais voisins et donc, pas de vie de quartier ! Tu achètes une maisons qui a survécu à Katrina mais a été bien amochée, tu la restaures avec des couleurs pimpantes et hop tu la mets sur le site. La meilleure façon de tuer une ville.
- T'exagères pas un peu, là ? 
- D'accord, je corrige : la meilleure façon de tuer un quartier. 
- Et tu te crois drôle !

13 avril 2018

Nola : Treme, Baywater, Algier's Point


- Un peu décevant ton billet d'hier. Pas vraiment envie de traverser l'océan pour aller voir des trucs qu'on peut voir n'importe où ailleurs.
- Tu veux voir quoi, au fait, des clichés, une ville de carte postale ? Non La Nouvelle Orléans est une ville bien vivante, qui bouge, qui se transforme parce que la population a changé depuis 2005 et qu'elle continue de changer.
- Tu veux dire après Katrina ?
- Oui. Et après Treme aussi peut-être...
- Treme, la série de David Simon ? T'exagère pas un peu ?
- Peut-être... Après tout, je ne suis ni urbaniste, ni sociologue, je fonctionne juste à l'intuition...
- Au feeling !
- Regarde, sur la carte de la Nouvelle Orléans, à l'Ouest du French Distric...
- Le quartier français !
- ... tu trouves Iberville (l'ancien quartier rouge) et, au Nord. le Faubourg Treme.
- Quartier rouge ?
- Alcool et prostitution ! Le quartier s'appelait alors Storyville. Et Treme, juste à côté, est considéré comme le lieu de naissance du jazz, parce que le dimanche, les "personnes de couleur libres" - majoritaires dans le quartier - et les esclaves se retrouvaient sur Congo Square pour faire de la musique et danser. Depuis le parc, devenu Louis Amstrong Park, a été agrandi, des sculptures y ont été installées, comme celle de Buddy Bolden ...
- Buddy Bolden ? le trompettiste qui a fini schizo dans un hôpital de Jackson ? Génial le mec ! Tu te rends compte ? C'est carrément lui qui a inventé le jazz !
-  .... et deux auditoriums ont été construits, tous les deux gravement endommagés par Katrina, mais pour le moment un seul a été restauré.
- Décidément, en musique t'es vraiment nulle !


... Bon, si t'es nulle en musique dis moi au moins à quoi ressemble le quartier. Il est comment ?
- Et bien justement,  il y a quelques années je n'y aurais pas mis les pieds. Mais désormais,  à cause de la série, Treme fait partie des circuits touristiques.
- L'effet TV !
- Et le début de la gentrification, avec ses avantages et ses inconvénients. Ce qui se passe à Treme, c'est ce qui s'est passé ou se passe encore  dans le Faubourg Marigny,  Baywater ou  même Algier's Point de l'autre côté du Mississippi.



D'une façon générale, les couleurs vives, les peintures fraiches indiquent la reprise après Katrina, de maisons souvent modestes, par une population plus aisée que la précédente, plus jeune et souvent plus blanche. 
- Aie ! 


- Aie en effet ! Et les démographes chargés d'étudier l'évolution de la population de la Nouvelle Orléans auront certainement beaucoup à dire.


En attendant, cela fait de jolies rues colorées, bien différentes de ce que tu vois dans les quartiers traditionnellement chics, comme Garden District ou bien encore le long d'Esplanade Avenue.
- Et c'est quoi la différence ?
- Dans les beaux quartiers, les maisons sont pour la plupart inscrites sur le registres des bâtiments historiques, et soumises à des codes couleurs beaucoup plus restreints, beaucoup plus sobres. Du blanc, du beige, du gris clair...



- Du chic plutôt que du "shabby chic" !


- Je dirai plutôt ... l'ancien Sud et le nouveau Sud.


11 avril 2018

Nola

- Alors ce voyage aux Etats-Unis, tu continues?
- Oui, oui, mais tu sais je n'ai pas que ça à faire...
- Je sais : le cinéma, les livres...
- Les photos...
- OK, on a compris, mais tu perds du temps là. On y va ? Tu étais dans le Mississippi...
- Le Sud du Mississippi, celui justement que décrit Michael Farris Smith.
- Ah oui, le bouquin dont tu as parlé l'autre jour : Nulle part sur la terre. Mais toi, t'as bien été quelque part, après le Mississippi ?
- A Nola.
- Nola ?
- Oui, la Nouvelle Orléans. C'est son surnom
- Ah ... la Nouvelle Orléans, le jazz, le quartier français, Bourbon street... 🎶
- Mais non ! ou plutôt oui, bien sûr, mais pas seulement !
- 🎷🎶🎺
- Tu sais, il m'a fallu pas mal de temps (et plusieurs voyages) pour apprendre à aimer cette ville. En fait, j'ai commencé à l'aimer quand j'ai compris que Nola n'est pas "une" ville, mais un assemblage de quartiers tous différent avec pourtant un petit quelque chose en commun.
- Same, same but different, c'est ça ?
- Regarde ...


- Ben, c'est pas tout à fait comme ça que je l'imaginais.
- Pourtant la Nouvelle Orélans est bien située à l'embouchure du Mississippi, avec un grand port de commerce, des gratte-ciel, et des berges en voie d'aménagement. On est bien à la Nouvelle Orléans.
- Et il fait plutôt gris !
- Et ça, ce sont les immeubles du CBD.


- Du..  C...B...D ...?
- Central Business District. D'accord, les rues sont un peu vides le soir, mais les palmiers, ça fait un peu Sud quand même. Et puis j'aime bien le vieil immeuble de briques, très XIXe, qui a l'air de se pelotonner à l'abri du grand building tout en verre et en reflets.



- Mmmouais. Déjà vu non ? Boston, Chicago... T'as pas mieux à me montrer ?
- Les musées au bout de la rue ? Parce qu'il y en a 3 qui se font face. Le Civil War Museum, le musée Ogden, consacré à l'art sudiste et  ... le WWII Museum, le musée de la deuxième guerre mondiale !



- Plutôt mastoc le musée ! C'est qui l'architecte ? Parce que ça tient un peu du blockhaus ce bâtiment ! 
- Bartholomew Voorsanger. C'est vrai que le bâtiment est énorme et il y en a un deuxième aussi monumental de l'autre côté de la rue. Mais imagine la taille des véhicules à faire entrer dans le musée ? En particulier les LCV...
- Encore des sigles. T'es casse-pied aujourd'hui
- Landing craft vehicules,  les Higgins Boat, les péniches de débarquement fabriquées pendant la guerre à la Nouvelle-Orléans...
- Ah c'est pour ça !  
- "Si les Ricains n'étaient pas là.."
- Ah non, pas Sardou ! Mais ... la musique, le jazz tout ça ? 
- Un autre jour, tu veux bien ?





10 avril 2018

Michael Farris Smith, Nulle part sur la terre


Deux êtres abîmés par la vie qui n'ont nulle part où aller si ce n'est la petite ville où ils ont grandi.

" C'était l'un de ces petites bourgades pittoresque du Sud qui auraient pu servir ou avaient peut-être déjà servi de décor de cinéma. De grandes maisons victoriennes. Des magnolias majestueux. Des réverbères fin de siècle. Des églises dont la flèche transperçait les nuages. Il passa devant un alignement de bicoques étroites. Une bleue, puis une jaune, puis une rose, puis une blanche. "

Une ville comme une carte postale, mais qui ne leur a pas porté chance ni à l'un, ni à l'autre.
Elle a connu le pire, en allant d'hommes en hommes; elle ne tient debout que parce qu'elle a une petite fille de 6 ans. Lui vient de passer 11 ans en prison, mais s'il a purgé sa peine, certains n'ont pas oublié et pensent que ce n'est pas assez.

Le roman de Michael Farris Smith est un roman ancré dans un territoire, le sud du Mississippi, autant que dans un milieu social. Il décrit ainsi, sans misérabilisme mais avec précision la vie de gens ordinaires dans une ville ordinaire, tout en ménageant suspens et rebondissements comme dans un polar. Mais ses personnages sont des êtres incarnés auxquels on s'attache rapidement, car s'ils ont commis et continuent de commettre des erreurs c'est surtout la vie, qui ne leur a pas été favorable.  Maben et Russel, inévitablement vont se rencontrer, mais comment deux êtres aussi marqués peuvent-ils s'apprivoiser?

"Dans les marais du  sud du Mississippi on peut regarder le monde s'éveiller quand les rayons d'or pâle du soleil s'immiscent entre les arbres et la mousse et les grues aux larges ailes. Les libellules bourdonnent et les ratons laveurs sortent de leur tanière et crapahutent le long des troncs d'arbres effondrés. Les tortues vont se percher sur les souches qu'inondent bientôt la chaleur du jour et mille autres créatures cachées frétillent sous les eaux noires, armées d'une patience et d'une agilité meurtrière. Des branchages accablés par le temps, incapables de soutenir leur propre masse, ploient et se brisent tels des vieillards se résignant à rejoindre leur tombeaux marécageux. Les reptiles ondoient et les merles criaillent dans le paysages zébré par la lumière de l'aube venue prendre la relève de la nuit profonde et paisible. "

 Chez Michael Farris Smith, les descriptions sont d'autant plus évocatrices qu'elles sont aussi métaphoriques : l'ambiguïté de la nature, à la fois paisible et meurtrière, sombre et ensoleillée est aussi celle de l'humanité. 






09 avril 2018

Ojoloco 2018 : Sergio et Sergueï

Comment font les Cubains pour garder leur sens de l'humour alors que leur monde s'écroule ? C'est sans doute un des secrets de ce film dont le côté bricolo fait parfois penser aux films de Méliès !
Sergio et Sergeï n'a certainement pas bénéficié d'un budget hollywoodien. Et les "effets spéciaux" n'ont rien à voir avec ceux de .... Spielberg.
Mais côté vérité humaine, cette pochade se pose vraiment là. Car il s'agit de rien moins que de la chute de l'URSS et de la période dite "spéciale" qui a marqué pour Cuba la fin du support économique apportée par le grand frère communiste. Sergio, qui enseigne le marxisme à l'université de la Havane est le premier témoin de l'échec de cette idéologie, et d'un système politique qui se soucie de son fonctionnement (dysfonctionement plutôt) au détriment de êtres humains dont il est pourtant supposé assurer la survie. Ne parlons même pas du bonheur !
Cette fable, traitée comme une farce sur fond d'amertume montre que les individus en dehors de tout système politique ont suffisamment de ressources en eux pour tendre la main vers leurs semblables. Et ramener sur terre un cosmonaute oublié dans l'espace.