21 août 2017

Mariana Enriquez, Ce que nous avons perdu dans le feu

Les nouvelles de Mariana Enriquez, publiées dans ce recueil ne se lisent pas d'une seule traite. Il faut se ménager des pauses, prendre le temps de respirer entre une histoire un peu macabre et une autre franchement morbide. Car l'univers de Mariana Enriquez est noir, très noir ;  un peu gothique; un peu fantastique. Mais ses nouvelles sont aussi fascinantes car remarquablement écrites (et traduites), remarquablement construites, bien qu'on ait parfois envie de les oublier assez vite tant elles ressemblent à des cauchemars.
En lisant ce recueil, j'ai pensé plusieurs fois à Maupassant, parce que chez l'un et l'autre écrivain le lecteur est constamment amené à s'interroger sur la réalité des événements racontés. Et le doute une fois installé, l'esprit le plus rationnel se sent sur le point de basculer dans l'irrationnel. C'est ce point de tension extrême que Marianna Enriquez parvient à atteindre dans chacune de ses nouvelles.
Paranoïa, schizophrénie, scarifications, incompatibilité sociale... Il y a peut-être des explications cliniques  aux obsessions des personnages, mais cela serait trop simple ... et presque trop rassurant.
Quoi qu'il es soit, pour qui n'a pas peur de frissonner, la lecture de ces nouvelles est pour le moins décapante !



19 août 2017

Sergio Schmucler, Le monde depuis ma chaise



Une petite chaise toute simple, en bois, fabriquée par son père, menuisier,  qui voulait transmettre son métier à son fils et lui avait donné cette chaise pour qu'il s'y assoie et observe ses gestes; à force il apprendrait et deviendrait menuisier lui aussi. Mais les choses ne se sont pas passées ainsi :  le père est parti, l'enfant est resté, et, depuis sa chaise, continue d'observer le monde autour de lui.
Le temps passe; pour joindre les deux bouts, sa mère loue des chambres dans sa maison, où s'installent toutes sortes de locataires, entre autres un coiffeur; les clients parlent, se disputent... A la radio on passe les chansons de Carlos Gardel...

L'auteur de ce roman insolite est né en Argentine, mais s'est exilé au Mexique. C'est donc tout naturellement à Mexico qu'il situe son roman, Mexico dont il fait l'épicentre de l'Amérique latine. Galo, l'enfant au coeur de son roman, est simple d'esprit, mais il sait voir et surtout écouter, car l'ambition de l'auteur n'est rien moins que de raconter, à travers ce personnage, 50 ans de l'histoire du monde. "Sans rien qui pèse ou qui pose ", fidèle en cela aux préceptes de ... Verlaine.
Un roman insolite donc, mais aussi poétique.

18 août 2017

Heurtoirs


Cinque batacchi per integrare la tua collezione, Alma ! 
(Mi piace di piu l'ultimo, piu moderno !) 







17 août 2017

Au gré du courant

Encore un film de  Mikio Naruse. Encore un film qui permet de s'initier à la culture japonaise, celle en tout cas du milieu du XXe siècle puisque Au gré du courant est sorti en 1956.

A la suite de Rika, on se glisse dans une maison de geishas, certes d'excellente réputation, mais désormais sur le déclin et au bord de la faillite. Il faut un certain temps pour repérer les différents personnages, pour comprendre leur position dans le microcosme social de la maison, les relations entre elles, leur personnalité. Et, bien que fascinée par les incessants changements de kimono, j'avoue que mon attention a plusieurs fois failli. Une longue mise en place donc,  mais ensuite, dès qu'on a compris où le cinéaste voulait en venir, le film devient passionnant.

En effet, ce que Mikio Maruse met en place c'est la fin d'un monde. La fin d'un Japon traditionnel qu'il saisit dans son double aspect  campagnard et urbain, puisque Rika incarne, face à l'agitation des geishas, le calme, la gentillesse, la courtoisie, la générosité, d'une femme de la campagne, alors même qu'elle a vécu une double tragédie.  Le monde des geishas, bien que fait lui aussi de traditions, est sans cesse agité de crises et d'éclats ; il est soumis en outre à des contraintes financières qui auront bientôt raison de lui. L'un des personnages, la fille de la patronne, a bien compris que la société était en train de changer, que le temps où les femmes ne pouvaient vivre que dans la dépendance des hommes va disparaître. Elle achète une machine à coudre et apprend un métier qui lui permettra d'être autonome. Mon personnage préféré bien entendu !

16 août 2017

Memories of Murder

Le film de Bong Joon-ho date de 2003, mais il n'a pas pris un pli : noir comme un polar coréen, il mêle cependant tous les genres et maintient un équilibre remarquable entre des scènes dramatiques, macabres, voire fantastiques,  et d'autres franchement bouffonnes qui relèvent de la comédie sarcastique.


Le sujet est relativement banal pour un polar ; au fond de la campagne coréenne, des policiers sont chargés d'enquêter sur une série de meurtre tous exécutés de la même façon. Les flics chargés de l'enquête sont, comme de coutume, deux : un balourd, peu regardant sur les méthodes d'interrogation, qui prétend se fier à son intuition et un enquêteur venu de Séoul, adepte des méthodes scientifiques et du contrôle de soi. Mais d'ici la fin de l'enquête les deux flics auront tout le temps d'évoluer et d'abandonner leurs préjugés.
L'intrigue est serrée, on ne sait jamais où va nous mener le prochain rebondissement et le réalisateur sait jouer comme personne avec les attentes du spectateurs qu'il ne cesse de prendre à revers. Bong Joon-ho, qui n'en était alors qu'à son deuxième film et a montré par la suite qu'il pouvait passer avec aisance d'un genre à un autre, excelle ici à construire un polar qui a marqué un tournant dans l'histoire du film policier et a inspiré d'autres cinéastes, en particulier espagnols. Je pense  à Alberto Rodriguez qui en reprenant  dans Isla Minima la scène d'ouverture du cinéaste coréen, semble lui rendre hommage.
Ce que ces deux cinéastes ont en commun, me semble-t-il, c'est leur capacité à créer une atmosphère, un climat à la fois mental et visuel. Et j'avoue que cette photo du tunnel, avec les deux figures à contre-jour et la courbe des rails qui sortent de l'obscurité et font le lien entre les personnages et le spectateur, à l'autre  bout du tunnel me restera en mémoire pour un  bon moment !









15 août 2017

Sinan Antoon : Seul le grenadier


Ce livre est effroyable, mais cela n'a rien à voir avec les polars bien glauques ou très sanglants déjà lus. Non, le livre est effroyable parce que ce n'est pas un polar, ce n'est pas une histoire sortie de l'imagination d'un écrivain, c'est tout simplement la réalité. Celle de l'Irak, avant et après Saddam.

Il faut donc avoir le coeur bien accroché pour se lancer dans la lecture de ce livre. Ne pas avoir peur de côtoyer la mort et la violence, mais surtout la mort puisque laver les cadavres, c'est le métier du père de Jawad, le narrateur. Un métier qui s'est transmis de génération en génération, mais Jawad n'a aucunement envie de poursuivre la tradition parce qu'il cherche désespérément à rester du côté de la vie, du côté de l'art. Son talent à lui c'est la sculpture, mais comment être artiste dans un pays en guerre, dans un pays envahi.

Jawad raconte son quotidien, jamais facile; il raconte ses cauchemars qui sont à peine pires que la réalité; il raconte aussi ses espoirs, ses amours, ses professeurs qui l'encouragent dans sa voie.
L'intérêt du livre tient beaucoup à cette voix, celle d'un homme lucide, conscient de la situation dans laquelle se trouve son pays, déchiré par une guerre qu'il qualifie de confessionnel, lui qui, bien que sa famille soit chiite, a renoncé à toute religion. Rarement dans un livre on aura aussi bien montré que le destin d'un individu est indissociable du destin du monde.

J'ai cru percevoir dans ce livre quelques maladresses d'écriture (ou de traduction), mais me suis laissée emporter par la force du récit, la force du témoignage. Un livre toutefois dont on met un peu de temps à se remettre.


14 août 2017

Souvenir d'Arles 2017

Le charme d'une ville au petit matin, lorsqu'elle s'éveille à peine. Lorsque ses habitants ouvrent leurs volets, sortent sur le pas de leur porte et s'assoient sur la margelle pour boire leur café, parce que plus tard dans la matinée, il fera chaud, très chaud.




J'aime errer au hasard dans les rues d'Arles, mais j'aime aussi y avoir mes habitudes; d'abord les amis qu'on y retrouve parce qu'on l'a décidé de longue date et ceux que l'on retrouve par hasard, au même endroit, le même jour sans s'être concertés; la Cuisine du comptoir où l'on se donne rendez-vous pour le déjeuner du premier jour, le bar du Tambourin pour des petits déjeunes café-baguette,  où l'on tend l'oreille aux propos des habitués, des aficionados pour la plupart; la librairie Actes Sud et son restaurant où l'on déguste un tajin, ou mieux encore une pastilla avec un verre de vin ou de thé à la menthe. Ce sont ces petites habitudes crées au fil des ans qui me font revenir chaque année à Arles.

13 août 2017

Arles quand même !

 
Quoi que l'on pense des photos et des photographes, quoi que l'on dise des Rencontres d'Arles, cette ville a un charme fou. Et on y revient toujours.







12 août 2017

Arles 2017 : pêle-mêle latino


  Au détour d'une exposition, il y a parfois une photo, une seule, qui frappe l'oeil.


Le montage d'une étudiante de l'ENSP en résidence à l'Institut français de Bogota.



Une photo toute en couleurs (l'entrée d'un bordel au Brésil)  d'un photographe argentin, Ataulfo Pérez Aznar, plus connu pour son travail en noir et blanc.




 Une série sur des écoles abandonnées dans des villages colombiens vidés de leurs habitants par les FARC : guerre civile et éducation ne font pas bon ménage.

L'Amérique latine et en particulier la Colombie était à l'honneur cette année à Arles.


11 août 2017

Arles 2017 (suite)


Malgré ma déception, j'ai retenu quelques expos, quelques photographes. Une moisson moins généreuse que les saisons passées, mais de belles découvertes quand même.

Un choix facile pour commencer : Joël Meyerowitz,  un des si ce n'est "le maître américain de la couleur" et spécialiste de la photo de rue.


Masahisa Fukase ensuite, plus difficile à aimer peut-être, parce que ses photos rendent compte d'un univers mental étrange, sombre parfois, mais pas dépourvu d'ironie. La tristesse, la solitude, la curiosité...des thèmes qui émergent et laissent le choix au spectateur de se laisser happer ou de résister.



 Le reportage de Mathieu Pernot sur une famille de Roms, les Gorgan est intéressant dans la mesure où il s'étale dans le temps, 20 ans, ce qui a permis au photographe de s'approcher au plus près de son sujet, tout en respectant les limites de l'intimité.



Niels Ackermann et Sébastien Gobert se sont eux intéressés au sort des 5500 statues de Lénine, autrefois installées un peu partout en Ukraine et depuis 2015, mises au rencart, déboulonnées, renversées, abandonnées. La mise au placard d'une icône et d'une idéologie ! 



Gideon Mendel, lui,  tourne son regard vers le futur de la planète en photographiant depuis 10 ans, les conséquences sur les gens des inondations dues au réchauffement climatique. Au Nigeria comme en Angleterre, en Inde comme au Brésil. Une expo pour les climato-sceptiques?


10 août 2017

Arles 2017


Arles change. Une évolution que l'on pouvait déjà pressentir l'an passé, avec de plus en plus de photographes "engagés" qui cherchent avant tout à témoigner de l'état de la société, de l'état du monde - qui va très mal !  Je n'ai jamais été à Perpignan où Visa pour l'image propose une sélection de photos délibérément ancrées dans la réalité de la misère et des guerres. Mais il me semble que la distance  entre les propositions d'Arles et le photo-journalisme pur et dur s'atténue d'année en année.
Témoigner est bien sûr une des fonctions de la photo, mais ce n'est pas la seule.

J'ai parfois eu l'impression, en parcourant les expositions, que le concept prenait de plus en plus le pas sur la recherche esthétique. Je sais bien que l'art conceptuel est une tendance forte de l'art contemporain et que pour certains artistes, il n'est même plus besoin de réaliser  un objet, d'inscrire l'idée dans la matière.  J'avoue que c'est là ma limite et que l'art purement conceptuel m'ennuie profondément. J'aime que s'entrelacent dans les formes, les couleurs, les matières, des émotions autant que des idées.

Oublier l'art ? Faire de la photo un outil au service d'une cause ? Après le roman à thèse, la photo à thèse ? Arles cette année, c'était plus que jamais le temps de l'interrogation.

Les lieux également changent. L'effet Luma peut-être ?  Les Ateliers SNCF sont de moins en moins déglingués, perdent un peu de leur charme, mais gagnent en confort (ah, l'air conditionné quand il fait 39° dehors ce n'est pas rien ! ). Pas d'exposition au Capitole, mon lieu préféré. Mais deux nouveaux lieux ouverts : la Maison des peintres et la Croisière.  La tour Getty commence à se couvrir de ses parements métalliques. Ouverture prévue en 2018. A temps pour les prochaines rencontres ?






09 août 2017

Nuages épars

Non, il ne s'agit pas d'un bulletin météo mais du titre d'un vieux film (1967) de Mikio Naruse. Son dernier film en fait.
Le sujet du film pourrait être cornélien puisqu'il s'agit d'une impossible histoire d'amour entre une femme et le meurtrier  - accidentel - de son mari.  Un sujet qui évoque irrésistiblement le vers que le très irrévérencieux Georges Fourest prête à Chiméne : "Qu'il est joli garçon l'assassin de papa ! ".
Mais Mikio Naruse est japonais et ces références qui traversent l'esprit du spectateur français ne sont pas les siennes.


Nuages épars met en scène un dilemme amoureux, mais il le met en scène dans la société japonaise, une société où chaque geste, chaque inclinaison, chaque regard, chaque mot est codifié. Bien qu'irrésistiblement attirés l'un par l'autre, les deux amants se heurtent à des obstacles qui tiennent en fait à eux même plus qu'à leur entourage.
Le film est subtil, délicat. Les situations sont suggérées, les dialogues esquissés en peu de mots, les passions contenues. Un demi sourire suffit à faire naître comme un espoir. Entre ce qui est et ce qui pourrait être la marge est étroite.

Il y a quelques mois, le Méliès présentait un autre film de Mikio Naruse, Nuages flottants. J'attends désormais la version restaurée de Nuages d'été...



08 août 2017

Thomas Reverdy, Le Jardin des colonies

Depuis que je suis sortie de ma zone de confort - la littérature américaine - je tombe sur des livres assez curieux. Comme celui-ci, écrit à quatre mains par un écrivain, Thomas Reverdy et un historien, Sylvain Venayre.

Je savais que les livres de Thomas Reverdy (Il était une ville, Les Evaporés, L'Envers du monde) reprennent inlassablement le thème de la disparition.  Je n'étais donc pas surprise de lui voir consacrer un livre au Jardin tropical de Vincennes, situé à deux pas de l'ancien Musée des Colonies, un jardin à ce point oublié qu'en se promenant entre les vestiges des grandes expositions coloniales de Nogent ou de Marseille, il peut arriver que l'on trébuche, au sens propre du terme, sur des statues oubliées dans l'herbe ou même ... un os de baleine !

Le Jardin des colonies n'est, à proprement parler,  ni un roman, ni un essai, ni même un document historique bien qu'il tienne un peu des trois à la fois. C'est une promenade nonchalante à travers un lieu, le  bois de Vincennes et un temps, celui des colonies. Avec quelques digressions du côté d'aujourd'hui qui s'est forcément construit sur notre passé, y compris notre passé colonial.

Le livre ouvre la porte à toutes les polémiques, surtout quand il s'agit de s'interroger sur l'hypothétique relation entre colonialisme  d'hier et terrorisme d'aujourd'hui, mais plus que tout il nourrit notre réflexion. Une raison suffisante pour en justifier la lecture. Mais il peut se lire aussi comme un récit de voyage, comme un guide touristique qui donne furieusement envie d'aller jusqu'à Vincennes pour découvrir en vrai, ce fameux jardin aujourd'hui dénommé Jardin d'agronomie tropicale René Dumont. Avouez que Jardin des colonies, ça sonne quand même mieux !

PS. J'ai un faible pour les livres qui me pousse pour aller sur Internet pour y trouver des images. Et bien sûr j'ai trouvé un lieun pour satisfaire ma curisosité !
http://www.pariscotejardin.fr/2011/07/le-jardin-d-agronomie-tropicale-rene-dumont/


29 juillet 2017

Dunquerke


De belles images. Du son, tonitruant ! Des milliers de figurants. Un budget conséquent. ... Dunkerque, le film de Christopher Nolan, est sans doute un film que l'on peut d'abord résumer en chiffres et en sensations. Mais des chiffres il y en a d'autres, bien plus importants : entre le 27 Mai et le 4 Juin 1940, plus de 300000 soldats ont été évacués de la poche de Dunkerque, grâce entre autres à toute une flottille de petites bateaux, bateaux de pêche ou de plaisance, venus d'Angleterre pour se joindre à la tâche.


Est-ce que tous ces chiffres font un bon film ? Oui, dans la mesure où Xavier Nolan met en scène, avec le savoir faire d'un réalisateur habitués aux films d'action, un épisode de la guerre de 40 qui n'est peut-être pas le plus connu de tous. Bombardements, explosions spectaculaires, combats aériens, tout le film est construit pour faire monter l'adrénaline et satisfaire les amateurs de films de guerre.

Mais le film peine à satisfaire les historiens qui regrettent qu'il ne soit pas fait mention de l'héroïsme des Français qui sont parvenus à retenir les troupes allemandes, le temps que l'armée anglaise évacue. A quoi je répondrai que cela n'était tout simplement pas le sujet du film, qui ne prétend pas reconstruire l'événement avec l'exactitude d'un historien. Ne demandons pas à un film d'être ce qu'il ne prétend pas être.

J'avoue néanmoins que les effets sonores et visuels, pour spectaculaires qu'ils soient ne suffisent pas à faire un excellent film, et qu'en dehors du capitaine du petit voilier, qui se tient à la barre de son bateau avec tout le flegme que l'on attend d'un Anglais, la dispersion des personnages ne facilite pas la compréhension ni ne suscite l'émotion. Et j'avoue avoir été souvent gênée par les hiatus du montage - dus il est vrai aux aléas de la météo -  et autres petites incohérences.  Difficile d'oublier dans ce cas qu'il ne s'agit pas de la réalité, mais d'une simple reconstitution cinématographique.


Malgré les défauts du film,  l'épopée de ces soldats britanniques venus à l'aide de la France, reste un sujet intéressant qui permet de s'interroger sur les liens qui nous unissent toujours à ceux d'entre eux qui aujourd'hui ne veulent plus entendre parler de l'Europe.

26 juillet 2017

Une femme fantastique


Fantastique, cette femme l'est à bien des égards. L'homme qu'elle aime, avec qui elle devait partir en voyage, vient de mourir : rupture d'anévrisme !  Alors qu'elle se précipite pour l'emmener à l'hôpital, il tombe, il se blesse à la tête, est couvert de bleus et la voilà au premières heures de son deuil, suspectée de meurtre. Mais là n'est pas l'essentiel car il ne s'agit pas d'un film policier. Les soupçons qui pèsent sur elle ne sont rien par rapport à l'hostilité de la famille de son compagnon, son ex-femme, son fils... une famille odieuse malgré les apparences, qui n'aura de cesse de la dépouiller de tout ce qui faisait sa vie, y compris du droit d'assister aux funérailles.

La raison d'une telle hostilité ? Marina, qui s'accroche à son prénom comme à une bouée, est une femme entre deux genres. Une femme qui a fait de son identité un combat de toute une vie. Une femme qui n'a connu que des obstacles et qui, alors même qu'elle touche au but, voit toute son existence remise en question.

Marina est une femme à qui la vie ne fait pas de cadeaux, mais c'est une battante. Et c'est la raison pour laquelle j'aime beaucoup la scène, totalement onirique, où elle est montrée debout face au vent, en pleine bourrasque.  Une image que pourraient illustrer les derniers vers de Valéry dans le Cimetière marin : "Le vent se lève, il faut tenter de vivre."

Le film de Sebastián Lelio est un film engagé, un beau film tout simplement.


25 juillet 2017

Song to Song

Celui-ci, vous pouvez vous en dispensez ! Sauf à être un inconditionnel de Terence Malik et de son sens aigu du cadrage et de la photographie. Car c'est à peu près tout ce qui reste à admirer dans Song to Song. Malgré une distribution prestigieuse !
On a malheureusement la fâcheuse impression que Malik a sélectionné une série de décors, propices à de belles photos, dans lesquels il fait errer ses personnages sans leur donner de directives précises; ils prononcent quelques mots, attendent, se tournent autour, se déplacent à la recherche d'on ne sait quoi, peut-être d'eux mêmes...

Le fond ? la forme ? vieux débat. Il me semble quand même que lorsqu'un cinéaste se soucie des images au point de négliger totalement  - ou d'esquisser à peine - la trame narrative, il passe à côté de ce qui fait l'essence même du cinéma, des images qui, mises bout à bout, racontent une histoire.

Bien sûr on pourra toujours prétendre, comme le fait Télérama, que Mali cherche à filmer l'inconsistance des êtres, l'inconsistance de la vie, mais difficile à partir de ce postulat, de produire autre chose qu'un film lui-même évanescent.






24 juillet 2017

Carrot cake

Ah le gâteau aux carottes ! En voilà une vraie gourmandise américaine !
De l'Alabama jusqu'au Wisconsin en passant par le Kansas, dans les Starbucks de la côte Ouest comme dans les bars branchés de New York, il est partout; pas un café, pas un restaurant qui n'ait à sa carte ce gâteau aux carottes avec sa couverture mousseuse. C'est avec le "cherry pie" quelque chose comme la quintessence de l'Amérique. In-dé-mo-dable !

Oui mais voilà! Il y a gâteau aux carottes et gâteau au carottes ! Trop sec, trop gras, trop sucré... ou juste comme il faut, léger, goûteux, moelleux...

Voici la recette que j'ai définitivement adoptée. Je l'ai empruntée (ainsi que la première photo) à l'un de mes livres préférés : Un Goûter à New York paru chez Marabout.

On procède en 2 temps :
D'abord on mélange au fouet électrique les éléments "liquides".

100g de sucre brun
12 cl d'huile de tournesol
5 oeufs
2c. à s. de jus d'orange
250g de carottes rapées
zeste d'une orange
1/4 c. à c. d'extrait de vanille.

Puis on mélange les éléments secs

240g de farine
2 c. à c. de levure chimique
1 c. à c. de sel
2 c. à c. de canelle en poudre
1/2 c. à c. de cardamone ne poudre
1/2c. à c. de poivre noir
30g de noix hachées
30g de raisins secs.


Une fois les éléments liquides et les éléments secs réunis, on remplit un moule à cake préalablement beurré que l'on glisse dans un four préalablement chauffé (à 175°) pour 45mn environ. Et on laisse refroidir avant de se mettre au glaçage.

65g de beurre ramolli
100g de Philadelphia Cream Cheese (désormais en vente dans tous les supermarchés)
50g de sucre glace.
Pour obtenir une crème bien lisse que l'on étale ensuite sur le carrot cake. Voilà, c'est fait ! Ya plus qu'à déguster.

Variantes :
- Cannelle et cardamone peuvent être remplacées par 3 cuillérées à café de quatre épices ...
- Au lieu d'un moule à cake, utiliser un moule (carré ou rectangulaire) qui permettra de couper des bouchées plutôt que des tranches. Dans ce cas, réduire le temps de cuisson à .. 20 ou 30mn.




23 juillet 2017

Kóblic

Kóblic -  avec un accent aigü sur le O ! - est le nom du pilote argentin hanté par la mission qu'il a fait l'erreur d'accepter. Il a depuis déserté et cherche à se faire oublier autant qu'à oublier sa part de responsabilité et donc sa culpabilité.  Mais il n'est pas si facile de disparaître dans l'Argentine de la dictature, surtout quand le maire du village est un homme sans scrupule et très soupçonneux.

C'est bien sûr à Ricardo Darin qu'a été confié le beau rôle de Kóblic, un personnage "avec conscience" qui s'interroge sur la difficulté qu'il y a à définir les limites du bien et du mal, mais surtout ses propres capacités à refuser ou à accepter des actes auxquels sa conscience répugne.


Sebastián Borensztein est le réalisateur de Chino, de Sin Memoria : Un réalisateur à suivre c'est certain !

22 juillet 2017

Pietro Grossi, Le Passage


D'un bord l'autre. Depuis Upernavik au Groeland jusqu'à Pond Inlet au Canada !  Si les noms ne vous disent rien, un petit tour sur Google Map vous permettra de découvrir par quelles latitudes Nord se situe le légendaire passage du Nord Ouest.

Car c'est cette traversée entre deux continents qu'entreprennent, sur un voilier de 12 mètres, un père et son fils. Le problème, à priori, n'est pas tant la navigation mais la relation désastreuse des deux hommes qui ne se sont pas vus depuis des années et s'étaient de toute façon quittés en très mauvais termes.

Le roman démarre lentement, avec des personnages un peu convenus - un père égoïste, colérique et fantasque, un fils qui peine à trouver sa place, mais en plaçant ses personnages dans un environnement inhabituel, le Grand Nord et qui plus est sur un bateau où la moindre avarie peut conduire à la tragédie, Pietro Grossi réussit à captiver son lecteur et pour un peu, nous donnerait l'envie d'aller naviguer par là-bas. Mais pas avec le même équipage!

 Un roman parfait par temps de canicule !  Là-bas les journées d'été sont encore plus longues qu'ici, mais beaucoup plus fraiches !

21 juillet 2017

20 juillet 2017

Raphaël Jerusalmy, Evacuation


Ils sont trois, trois à ne pas avoir suivi l'ordre d'évacuation. Trois à se retrouver dans une ville désertée par ses habitants, sous la menace des bombardements. Il y a Saba, le vieil homme, Naor son petit-fils et sa petite amie Taël. 

Ils ne se sont pas concertés, ont plutôt réagi de façon impulsive et vont devoir apprendre à survivre dans cette ville où soudain tout fait défaut. Mais "survivre" n'est pas le bon mot, car ils se procurent sans difficulté un logement et de la nourriture. En fait, il s'agit, pour Saba, Naor et Yael de réinventer la vie c'est à dire d'ouvrir les yeux (Naor est apprenti cinéaste), d'ouvrir son coeur.

Evacuation est un livre au charme étrange, une longue errance dans "une bête ville du tiers-monde", "mal agencée et pas très propre" qui pourtant envoûte : "Tel-Aviv sans les gens. Sans la faune et le bruit.  [...] Une ville qui a l'air de faire exprès de ne pas être belle. Pour que tu t'attaches à ceux qui y vivent. Pas à ses pierres. " 

Evacuation est le récit d'une fugue, d'un voyage à travers Israël, c'est un poème, une symphonie. Plus j'essaye de trouver les mots qui conviennent pour rendre compte du plaisir de ma lecture, plus ma pensée s'effiloche. 

Evacuation, dit son éditeur, "est un conte sans morale, une bulle de poésie arrachée aux entrailles de l'histoire, une ode urbaine au désir de vivre, et de paix."

C'est en tout cas une lecture singulièrement dépaysante et apaisante. 


19 juillet 2017

2000 !




2000 billets publiés depuis ... une dizaine d'années ! 2000 billets partis je ne sais où dans la blogosphère ...

Ce blog, commencé pour mes étudiants a sans doute perdu sa fonction première :  "3 minutes  pour la cuture" volées à l'emploi du temps surchargé et minuté des classes prépa. Mais il poursuit sa route, et ne cesse de divaguer d'un sujet à l'autre, au gré des jours, au gré des films et des livres, des expositions et des musées, des escapades et des voyages, tout ce qui rythme ma vie depuis le premier billet, depuis toujours.

Tout ?
Certainement pas ! Puisque je me limite à ce qui est du domaine culturel. Mais la culture est un territoire suffisamment vaste pour qu'on ne se lasse jamais de l'explorer.

Pourquoi cette frénésie culturelle, qui frôle parfois la boulimie ?
Parce que la culture, telle que je la conçois, c'est tout simplement une façon de découvrir l'autre, les autres, de m'approcher d'eux, d'essayer de comprendre leur façon de penser. Je n'ai bien sûr qu'une vie, mais en lisant, en allant au cinéma, en voyageant, j'ai l'impression d'en avoir mille, et que mille autres m'attendent ailleurs dans le monde, dans les salles obscures ou sur les étagères des bibliothèques.

Cependant, ce que j'aime plus encore, ce qui me fait abandonner les salles de cinéma, les musées et les librairies, ce dont je ne me lasse jamais, qui toujours m'émerveille quelle que soit son humeur, c'est bien évidemment ... la mer, toujours ouverte sur l'infini.  Bleue aujourd'hui, grise demain et parfois violette. La mer, toujours trop loin.




18 juillet 2017

Le Caire confidentiel


Il est flic. Sans doute entré dans la police égyptienne grâce à l'intervention de son oncle, qui lui confie l'enquête sur l'assassinat d'une jeune femme trouvée morte dans sa chambre d'hôtel.
Banal le sujet. Et le flic, Nouredine n'a pas un charisme extraordinaire. Il fume comme on ne fume que dans les romans policiers (ou les vieux films avec Bogart), mais il est obstiné, entêté même et une fois son enquête commencée,  rien ne l'arrête.


Voilà la première lecture du film de Tarik Saleh, situé, au début des manifestations du "printemps égyptien". Et ce n'est pas un hasard  ! Car la deuxième lecture du film est franchement politique et permet de voir à quel point la société égyptienne est gangrenée par la corruption. Du plus bas de l'échelle sociale jusqu'aux plus hautes sphères du gouvernement. La démonstration est imparable. Et c'est ce qui fait tout l'intérêt de ce polar un peu lent, mais tellement plus intéressant qu'un N ième documentaire sur la société égyptienne !

17 juillet 2017

William Maxwell : Au revoir, à demain


Très connu dans le milieu de l'édition américaine puisqu'il a été éditeur du département fiction du New Yorker pendant près de 40 ans, William Maxwell l'est certainement moins en France.

L'un de ses livres, paru en 1980,  vient d'être réédité :  inspiré en partie par ses propres souvenirs d'enfance,  Au Revoir, A demain (So long, See you tomorrow)  est un roman difficile à appréhender, sans doute parce qu'il aborde des thèmes multiples, celui de l'enfance d'abord -  une enfance rurale quelque part dans l'Illinois -  mais aussi plus largement celui du deuil, deuil de la mère trop tôt disparue, des familles éclatées, deuil surtout d'une amitié perdue. Le narrateur se souvient de son enfance solitaire, quelque part dans l'Illinois rural,  et du réconfort trouvé dans cette brève amitié interrompue par l'inconséquence des grandes personnes. Car on peut suivre dans le livre une autre ligne narrative qui est celle des adultes, de l'adultère et de la violence.
 
Ce roman m'a laissée un peu perplexe, sans doute parce qu'il croise beaucoup de fils et que l'on peine à distinguer la trame principale. Bien que l'originalité du livre tienne justement au fait qu'il multiplie les possibilités de lecture et laisse le lecteur libre de suivre sa propre trace quitte à ne s'intéresser qu'à l'intrigue policière puisque meurtre il y a.

Le graphiste, Quentin Poilvet, a, je crois, bien rendu l'esprit du roman en suggérant la multiplicité des possibles sur fond de ruralité... mais aussi la tonalité, sombre évidemment, nostalgique sans doute, pudique certainement et d'une grande sobriété dans son écriture.

Au revoir, A demain est un livre qui mériterait bien quelques échanges dans un club de lecture....




16 juillet 2017

Le Vénérable W.

Pas vraiment convaincue par ce documentaire de Barbet Schroeder sur Ashin Wirathu, ce moine bouddhiste qui, au nom de sa foi, appelle à l'extermination des musulmans et en particulier des Rohingyas, une ethnie très minoritaire en Birmanie.


Le réalisateur, qui a construit sa réputation de documentariste en faisant le portrait de ceux qui représentent le mal incarné (Amin Dada, Paul Vergès),  achève ainsi sa trilogie. 

L'affiche est plus que parlante et les premiers propos du moine ne laissent aucun doute sur ses intentions,  d'autant plus choquantes que le bouddhisme passe pour prêcher la pauvreté, le renoncement et la non-violence. 
Mais que reste-t-il du bouddhisme dans l'obstination de Wirathu à inciter une population crédule à  la haine pour éliminer, par la force et par le feu une autre partie de la population présentée comme haïssable ?  

Le bouddhisme bénéficie en Occident d'une considération particulièrement bienveillante. Et le premier mérite du film est sans doute de contribuer à déciller les yeux du spectateur et à lui faire prendre conscience du fait que le bouddhisme, comme toutes les croyances, a aussi ses dérives. Le film permet ainsi à chacun de s'interroger sur la façon dont fonctionne toute propagande, qu'elle soit religieuse ou politique, lorsque nul esprit critique ne vient lui faire obstacle.   

La leçon du film est claire bien que le réalisateur s'efforce de livrer les données brutes et tente de s'effacer derrière son sujet. J'ai été pourtant gênée par la façon dont le film est présenté, alternant une longue interview du moine en question qui ne semble jamais lassé de pérorer, des images d'archives enregistrées à la volée sur des portables, forcément mal cadrée ou floues puisque clandestines, et des témoignages de journalistes ou d'observateurs dont l'identité n'est donnée que dans le générique de fin. C'est certainement un parti pris de la part de Barbet Schroeder, mais je m'interroge sur la pertinence du procédé.  Il est vrai que la marge est étroite entre la manipulation des images et celle des esprits.



15 juillet 2017

America mag


Le numéro 2 est sorti ! Aussi riche que le premier, aussi passionnant, aussi engagé.



Mais, en dépit du titre,  la maison, hélas !  ne flanche pas vraiment. Pas suffisamment en tout cas pour se débarrasser, d'un coup de roulis, de cet affreux personnage qui de surcroît est venu me gâcher mon 14 Juillet !

14 juillet 2017

Jean-Paul Dubois et l'Amérique

Jean-Paul Dubois n'aime pas l'Amérique. Et il le dit fort bien.
Comme c'est un auteur que j'apprécie énormément, je n'irai pas lui reprocher son anti américanisme, d'autant qu'il n'a rien de primaire et qu'il est fort bien documenté. Tout ce qu'il dit dans L'Amérique m'inquiète - un ensemble d'articles écrits pour le Nouvel Observateur, publiés une première fois en recueil en 1997 et tout juste réédités -  est indubitablement vrai. Je ne conteste en rien ce qui est dit dans ce livre et reconnais qu'il y a souvent de quoi lever un sourcil devant ce portrait de l'Amérique ordinaire.
Ce que je reproche en revanche à Jean-Paul Dubois c'est d'accumuler les exemples négatifs, les aberrations, les excès et de ne parler que de ce qui effectivement fait problème et suscite au mieux l'ironie, mais plus souvent l'effarement ou la colère. Son recueil constitue donc bien un portrait juste des Etats-Unis,  mais un portrait exclusivement à charge dont il a, avec le talent qu'on lui connaît accentué et noirci les traits.
Jean-Paul Dubois n'aime pas l'Amérique.  Moi, j'aime bien l'Amérique. C'est son actuel président que je n'aime pas.


          Version 1996                                                        Version 2017

13 juillet 2017

Le Revard


Le Musée du Fixé dont je parlais hier, est situé dans l'ancien hôtel PLM du Revard, un bâtiment qui à lui seul mérite une visite tant il évoque une époque de fastes révolus.




D'hôtel il n'est plus question puisqu'il a été vendu à la découpe. Son aile gauche néanmoins -  celle qui abrite le musée - n'a pas encore bénéficié d'un ravalement de façade comme sa voisine, mais elle a gardé le charme des vieilles dames un peu défraîchies.


Depuis la piste d'envol des parapentes située un peu plus haut, la vue est spectaculaire.



Et terriblement poétique !  "Ô temps, suspend ton vol ..."