30 juin 2017

Kobayashi Takiji, Le Bateau Usine



Quel récit étonnant que celui de Kobayashi Takiji , qui décrit les conditions de travail des pêcheurs japonais qui embarquent pour une saison de pêche aux crabes en mer d'Okhotsk, au large du Kamtchatka.  Cela se passe au début du XXe siècle. Les conditions climatiques -  le froid, le vent, les tempêtes  - sont particulièrement difficiles à supporter, mais le pire est bien la façon dont ces hommes, souvent très jeunes, sont traités. C'est un récit documenté, inspiré de faits réels et de témoignages, mais construit comme un roman.

J'ai lu il y a peu Le Grand marin, le récit que Catherine Poulain fait de ses années passées en Alaska, embarquée sur des bateaux de pêche. Les conditions de travail étaient dures aussi, mais il y avait, dans son récit, comme un parfum d'aventure, la satisfaction de tenir le coup, de se montrer à la hauteur et, finalement, l'amour de cette vie rude et dangereuse.

Rien de cela dans le livre de Kobayashi Takiji : il n'y a ici que l'effroi, l'horreur, la cruauté,  les sévices corporels et l'absence totale d'humanité, le personnage le plus odieux étant l'intendant, responsable de la bonne marche du bateau et de sa rentabilité auprès de l'entreprise propriétaire de la flotille. Car l'écrivain affilié au parti communiste japonais entend montrer par ce récit, comment le capitalisme exploite les hommes. La démonstration est effectivement puissante. Et convaincante. Trop sans doute pour le gouvernement de l'époque puisque Kobayashi Takiji est emprisonné à plusieurs reprises, après la parution de son livre,  et contraint ensuite de vivre dans la clandestinité. Il est arrêté en 1933 et meurt sous la torture.



Le Bateau-Usine a été publié au Japon en 1929, il n'a été traduit en français qu'en 2009. Son adaptation en manga, par Gô Fujio date elle de 2016. Une adaptation plutôt réussi bien qu'elle ne restitue qu'en partie la noirceur du texte de l'écrivain.

http://www.lemonde.fr/livres/article/2010/01/07/le-bateau-usine-de-takiji-kobayashi_1288456_3260.html



24 juin 2017

Bulbul Sharma, Mes Sacrées tantes


Obnubilée par mes lectures américaines, je n'avais pas pris le temps de lire ce petit livre offert il y a quelque temps déjà. C'est chose faite et je me suis régalée.

Bulbul Sharma propose dans ce recueil huit histoires de femmes indiennes, des femmes d'aujourd'hui, mais prisonnières de leur culture et des traditions imposées par la société,  par leur famille, par leur mari ...

" Gita n'avait jamais voyagé seule, d'ailleurs elle n'avait jamais rien fait seule ou de sa propre volonté. Aussi loin qu'elle s'en souvienne, il y avait toujours quelqu'un pour lui dire quoi faire, tandis qu'elle se contentait d'obéir gaiement. "

Mais voilà, dans leur vie réglée comme du papier à musique, se produit un jour un petit je ne sais quoi - exactement comme la minuscule déviation dans la chute des atomes qui permet, selon Lucrèce, d'échapper au déterminisme - et c'est la faille dans le système, l'occasion que ces femmes mettent à profit pour avancer sur le chemin de la liberté. Une liberté qu'elles découvrent avec appréhension certes, mais une fois qu'elles ont fait le premier pas, rien ni personne ne les fera revenir en arrière.

Les histoires de Bulbul Sharma sont drôles, tendres, acides; on s'y promène comme dans les jardins indiens, où flotte le parfum des épices, on s'y perd dans le chatoiement des couleurs, et les sonorités chantantes des langues, et on en sort, réjoui jusqu'au fond de l'âme. Plaisir des sens autant que de l'intelligence.

PS : "mc", ce livre est fait pour toi ! Si tu ne l'a pas déjà lu, je te le passe à notre prochaine rencontre.

23 juin 2017

Nothingwood

Drôle de film, vraiment qui m'a laissée bouche bée la plupart du temps. Pour deux raisons au moins !

J'ai d'abord été subjuguée  par la personnalité du cinéaste afghan, Salim Shaheen, qui non content d'avoir déjà réalisé plus d'une centaine de films,  en tourne parfois deux ou trois à la fois ! Salim Shaheen a un tempérament à son image, grand et massif, aussi généreux qu'explosif parfois, drôle le plus souvent et surprenant tout le temps ! Il fait preuve d'un optimisme et d'un courage - à moins que ce ne soit de l'inconscience - qui lui fait avancer même en terrain miné sans se soucier le moins du monde du danger. Car c'est en Afghanistan que ce documentaire a été tourné, entre Kaboul et Bâmiyân !


Et c'est là, la deuxième raison de mon étonnement, et de mon admiration : le film est réalisé par Sonia Kronlund, une documentariste française, aguerrie, qui connaît aussi bien le pays que sa langue et suit les divagations de ce bon gros géant avec jubilation, bien que beaucoup plus consciente, elle, des dangers réels de la vie en Afghanistan. Blonde, voilée de rose, sourire aux lèvres, dans ce monde (presque) exclusivement masculin, elle détonne peut-être, mais elle s'impose !

Salim Shaleen, Sonia Kronlund, la cinéaste et son sujet partagent de toute évidence la même passion pour un cinéma qui permet d'échapper, un temps,  à l'emprise du réel;  leur vitalité, leur énergie, leur enthousiasme finissent par être communicatifs.

20 juin 2017

Tarashea Nesbit : The Wives of Los Alamos

Je croyais en avoir fini avec la littérature américaine, mais pas du tout. Sur ma PAL (pile à lire) il y a encore de belles découvertes à faire comme ce roman de Tarashea Nesbit, paru en 2014 aux Etats-Unis,  mais, hélas, pas encore traduit en français !

Le roman met en scène la vie des femmes des scientifiques qui ont participé au projet Manhattan. C'était en 1943. La course entre les Alliés d'un côté, les puissances de l'Axe de l'autre, pour maîtriser la fission de l'atome et fabriquer la première bombe, celle qui devait permettre de mettre fin à la guerre, faisait rage. Sur le plateau de Los Alamos au Nord de Santa Fe, les Américains avaient monté un laboratoire et réuni dans le plus grand secret les meilleurs spécialistes et leurs familles. Les femmes, bien entendu, n'étaient au courant de rien.



Tarashea Nesbit, selon un procédé qui a déjà réussi à Julie Otsuka (Certaines n'avaient jamais vu la mer) choisit de donner la parole à un "nous" collectif qui permet de multiplier les points de vue. Une narration à plusieurs facettes qui rend bien compte du désarroi de ces femmes venus d'horizons divers, contraintes de rompre avec leurs environnement habituel, leur famille, leurs amis pour venir vivre sur ce plateau isolé et coupé du monde puisqu'il fallait à tout prix garder le secret.

Le roman permet de découvrir la vie quotidienne de ces femmes, les logements rudimentaires, le rationnement et les difficulté d'approvisionnement, l'adaptation au climat, la surveillance militaire et, forcément, les intrigues, les commérages multipliés par le confinement.
Mais la grande question qui traverse le livre reste celui de l'engagement pris par les époux et l'ignorance dans laquelle leur femmes sont tenues, les soupçons, le secret partiellement éventé jusqu'au jour du premier essai dans le désert, et les réactions après Hiroshima et Nagasaki. Le choix narratif de l'écrivain prend alors toute sa valeur puisqu'il permet de jouer avec la multiplicité des points de vue et laisse au lecteur la possibilité de peser  en toute conscience, les pour et les contre en se replaçant dans le contexte historique. Car, c'est évident,  ce que l'on sait du nucléaire aujourd'hui n'est pas ce que l'on en savait dans les années 40.
A mi chemin entre récit historique et fiction, The Wives of Los Alamos est, au final, un roman aussi instructif que drôle et émouvant. Pas mal pour un premier roman, non ? 

http://www.astrosurf.com/luxorion/histoire-manhattan-project.htm 


19 juin 2017

Vieux jardin

Vient un temps où dans le jardin les seuls outils utiles sont ceux qui coupent et qui taillent ...
 

15 juin 2017

Proverbe japonais


"On commence à vieillir quand on finit d'apprendre."

La photo n'est pas de moi mais elle illustre si joliment le proverbe ...

14 juin 2017

Jolies rafales !




et un essai très laborieux de vidéo ! Patience !

13 juin 2017

David Michaud, Japon


Le livre n'est pas très récent, il date de quelques années déjà mais je viens juste de le découvrir et de l'emprunter à la bibliothèque pour prendre le temps de l'apprécier . 


Parce que j'aime l'impression sur papier mat et la façon dont les photos sont présentées, façon magazine plus que façon "beau livre".


J'aime bien aussi la façon dont le livre procède par thème, s'intéresse successivement à la  ville ou à l'architecture mais aussi à l'eau, au bois, aux gestes et prend souvent en compte un détail plus que l'ensemble .


Ce qui revient à dire que j'aime bien le regard que le photographe, David Michaud, porte sur les lieux, les objets et les gens.
Il serait donc logique qu'à mon prochain passage à la bibliothèque j'essaye de trouver un autre livre de lui, celui-là par exemple, dont la couverture semble très prometteuse.


10 juin 2017

"Combien de temps la démocratie peut-elle survivre à l'amenuisement des possibles et à l'élargissement du fossé entre riches et pauvres? "

Wallace Stegner in Lettres pour le monde sauvage.
Un recueil de textes parus entre 1947 et 1992, traduits par Anatole Pons et publiés par Gallmeister en 2015


07 juin 2017

Retour au parc du Bachais



Get out

Cela m'apprendra à ne rien vouloir savoir sur un film avant de l'avoir vu. Rien ou presque rien!
J'avais retenu un pitch : un couple mixte aux E-U .... et je m'attendais à une histoire un brin psychologique, un brin social et sans doute politique. Cela commence effectivement comme cela, avant de tourner au film d'horreur, passablement gore et finalement grotesque, avec quelques scènes dont le seul objectif est d'essayer de lever le coeur des spectateurs - qui d'ailleurs le plus souvent se cachent le visage derrière leurs mains !
A bien chercher on trouverait peut-être à justifier le film par les questions que le spectateur est amené à se poser sur les relations entre races aux E-U; mais je crois qu'il n'en vaut même pas la peine.

05 juin 2017

Solidago ?



Je croyais que solidago était le nom de cette fleur jaune mais je n'en suis plus très sûre; j'aurais dû demander à l'araignée qui a tendu son fil pour rejoindre la fleur et sans doute se désaltérer  à la goutte d'eau  qui a absorbé toute la lumière su soleil (et sursaturé ma photo!)
Comment ça vous ne voyez pas l'araignée ? Moi, non plus je ne la vois pas mais je vois - ou plutôt je devine -  son fil, à droite de la photo. Et cela suffit à mon imagination.

04 juin 2017

L'Amant d'un jour

Etrange vraiment de regarder en 2017 un film tourné à la manière des cinéastes de la Nouvelle Vague  : Truffaut ? Resnais ? toute la séance je me suis posée la question pour finalement m'arrêter sur Rohmer.  C'est à dire un cinéma où le dialogue est ciselé, ou chaque phrase, chaque mot a son importance, où la parole à l'air à la fois complètement artificielle et totalement juste. Un cinéma d'acteurs plus que d'action. Et qui plus est en noir et blanc ou plutôt en gris toutes sortes de gris, mais rarement lumineux. Ah les montées d'escaliers, les portes qu'on ouvre et qu'on ferme, les déplacements dans des espaces exigüs, les face-à-face au dessus d'une table...
L'amant qu'on quitte, l'amant qu'on trompe, le questionnement sur l'amour et la fidélité, sur la liberté des corps et l'envie de jouir ... Si l'on en croit Philippe Garrel, on aime aujourd'hui comme on aimait dans les années 70. Et c'est sans doute la raison pour laquelle il filme comme dans les années 70. Pourquoi pas ? Le cinéma comme l'amour est intemporel.


03 juin 2017

01 juin 2017

Un Homme dans la foule



BUDD SCHULBERG, Un Homme dans la foule, Equateurs Parallèles, 2017

Ce drôle de petit livre est sorti aux Etats-Unis en 1957 et fait partie de ces quelques livres que les résultats de novembre à l’élection présidentielle américaine ont fait resurgir parce que les similitudes avec le personnage central du roman, un certain Lonesome Rhodes et celui qui occupe actuellement la Maison Blanche, bien que de pure coïncidence, sont pour le moins troublantes. Lonesome Rhodes, surnommé le vagabond de l’Arkansas, n’a pas fait fortune dans l’immobilier, il a acquis sa célébrité (et accessoirement sa fortune) par les propos qu’il tient dans une émission de radio, locale d’abord, puis nationale.  En jouant les naïfs, il acquiert auprès de ceux qui l’écoutent un pouvoir suffisant pour oser s’attaquer aux questions politiques dont, bien évidemment il ignore tout. Mais son ignorance ne freine en rien son ascension et on le retrouve bientôt sur le point de déclencher une guerre mondiale…

En une centaine de pages bien tournées, l’auteur fait la démonstration – brillante – du populisme, en montrant comment l’appel au peuple et les flagorneries parviennent à masquer le vide de la pensée. 

Un homme dans la foule n’est pas un essai politique, c’est juste une histoire courte (une petite centaine de pages), drôle et bien enlevée qui laisse le lecteur partagé, entre rire et colère.  On aimerait en tout cas qu’elle reste pure fiction et qu’il ne prenne à personne l’envie d’imiter celui qui « s’exprimait sur les sujets les plus vastes sans avoir la moindre connaissance de l’arrière-plan factuel ou historique. Un ignorant hardi qui, avec le courage de son ignorance, n’hésitait pas une seconde à se dresser et à expliquer à ses « voisins » - ce qui veut dire à tous les Américains – comment mener leurs propres affaires et celles de la nation. »
Elia Kazan en a fait un film, sorti lui aussi en 1957.

P.S. On doit à Budd Schulberg d’autres romans passés ensuite au cinéma : Qu’est-ce qui fait courir Sammy, Plus dur sera la chute, Sur les quais …