29 juillet 2017

Dunquerke


De belles images. Du son, tonitruant ! Des milliers de figurants. Un budget conséquent. ... Dunkerque, le film de Christopher Nolan, est sans doute un film que l'on peut d'abord résumer en chiffres et en sensations. Mais des chiffres il y en a d'autres, bien plus importants : entre le 27 Mai et le 4 Juin 1940, plus de 300000 soldats ont été évacués de la poche de Dunkerque, grâce entre autres à toute une flottille de petites bateaux, bateaux de pêche ou de plaisance, venus d'Angleterre pour se joindre à la tâche.


Est-ce que tous ces chiffres font un bon film ? Oui, dans la mesure où Xavier Nolan met en scène, avec le savoir faire d'un réalisateur habitués aux films d'action, un épisode de la guerre de 40 qui n'est peut-être pas le plus connu de tous. Bombardements, explosions spectaculaires, combats aériens, tout le film est construit pour faire monter l'adrénaline et satisfaire les amateurs de films de guerre.

Mais le film peine à satisfaire les historiens qui regrettent qu'il ne soit pas fait mention de l'héroïsme des Français qui sont parvenus à retenir les troupes allemandes, le temps que l'armée anglaise évacue. A quoi je répondrai que cela n'était tout simplement pas le sujet du film, qui ne prétend pas reconstruire l'événement avec l'exactitude d'un historien. Ne demandons pas à un film d'être ce qu'il ne prétend pas être.

J'avoue néanmoins que les effets sonores et visuels, pour spectaculaires qu'ils soient ne suffisent pas à faire un excellent film, et qu'en dehors du capitaine du petit voilier, qui se tient à la barre de son bateau avec tout le flegme que l'on attend d'un Anglais, la dispersion des personnages ne facilite pas la compréhension ni ne suscite l'émotion. Et j'avoue avoir été souvent gênée par les hiatus du montage - dus il est vrai aux aléas de la météo -  et autres petites incohérences.  Difficile d'oublier dans ce cas qu'il ne s'agit pas de la réalité, mais d'une simple reconstitution cinématographique.


Malgré les défauts du film,  l'épopée de ces soldats britanniques venus à l'aide de la France, reste un sujet intéressant qui permet de s'interroger sur les liens qui nous unissent toujours à ceux d'entre eux qui aujourd'hui ne veulent plus entendre parler de l'Europe.

26 juillet 2017

Une femme fantastique


Fantastique, cette femme l'est à bien des égards. L'homme qu'elle aime, avec qui elle devait partir en voyage, vient de mourir : rupture d'anévrisme !  Alors qu'elle se précipite pour l'emmener à l'hôpital, il tombe, il se blesse à la tête, est couvert de bleus et la voilà au premières heures de son deuil, suspectée de meurtre. Mais là n'est pas l'essentiel car il ne s'agit pas d'un film policier. Les soupçons qui pèsent sur elle ne sont rien par rapport à l'hostilité de la famille de son compagnon, son ex-femme, son fils... une famille odieuse malgré les apparences, qui n'aura de cesse de la dépouiller de tout ce qui faisait sa vie, y compris du droit d'assister aux funérailles.

La raison d'une telle hostilité ? Marina, qui s'accroche à son prénom comme à une bouée, est une femme entre deux genres. Une femme qui a fait de son identité un combat de toute une vie. Une femme qui n'a connu que des obstacles et qui, alors même qu'elle touche au but, voit toute son existence remise en question.

Marina est une femme à qui la vie ne fait pas de cadeaux, mais c'est une battante. Et c'est la raison pour laquelle j'aime beaucoup la scène, totalement onirique, où elle est montrée debout face au vent, en pleine bourrasque.  Une image que pourraient illustrer les derniers vers de Valéry dans le Cimetière marin : "Le vent se lève, il faut tenter de vivre."

Le film de Sebastián Lelio est un film engagé, un beau film tout simplement.


25 juillet 2017

Song to Song

Celui-ci, vous pouvez vous en dispensez ! Sauf à être un inconditionnel de Terence Malik et de son sens aigu du cadrage et de la photographie. Car c'est à peu près tout ce qui reste à admirer dans Song to Song. Malgré une distribution prestigieuse !
On a malheureusement la fâcheuse impression que Malik a sélectionné une série de décors, propices à de belles photos, dans lesquels il fait errer ses personnages sans leur donner de directives précises; ils prononcent quelques mots, attendent, se tournent autour, se déplacent à la recherche d'on ne sait quoi, peut-être d'eux mêmes...

Le fond ? la forme ? vieux débat. Il me semble quand même que lorsqu'un cinéaste se soucie des images au point de négliger totalement  - ou d'esquisser à peine - la trame narrative, il passe à côté de ce qui fait l'essence même du cinéma, des images qui, mises bout à bout, racontent une histoire.

Bien sûr on pourra toujours prétendre, comme le fait Télérama, que Mali cherche à filmer l'inconsistance des êtres, l'inconsistance de la vie, mais difficile à partir de ce postulat, de produire autre chose qu'un film lui-même évanescent.






24 juillet 2017

Carrot cake

Ah le gâteau aux carottes ! En voilà une vraie gourmandise américaine !
De l'Alabama jusqu'au Wisconsin en passant par le Kansas, dans les Starbucks de la côte Ouest comme dans les bars branchés de New York, il est partout; pas un café, pas un restaurant qui n'ait à sa carte ce gâteau aux carottes avec sa couverture mousseuse. C'est avec le "cherry pie" quelque chose comme la quintessence de l'Amérique. In-dé-mo-dable !

Oui mais voilà! Il y a gâteau aux carottes et gâteau au carottes ! Trop sec, trop gras, trop sucré... ou juste comme il faut, léger, goûteux, moelleux...

Voici la recette que j'ai définitivement adoptée. Je l'ai empruntée (ainsi que la première photo) à l'un de mes livres préférés : Un Goûter à New York paru chez Marabout.

On procède en 2 temps :
D'abord on mélange au fouet électrique les éléments "liquides".

100g de sucre brun
12 cl d'huile de tournesol
5 oeufs
2c. à s. de jus d'orange
250g de carottes rapées
zeste d'une orange
1/4 c. à c. d'extrait de vanille.

Puis on mélange les éléments secs

240g de farine
2 c. à c. de levure chimique
1 c. à c. de sel
2 c. à c. de canelle en poudre
1/2 c. à c. de cardamone ne poudre
1/2c. à c. de poivre noir
30g de noix hachées
30g de raisins secs.


Une fois les éléments liquides et les éléments secs réunis, on remplit un moule à cake préalablement beurré que l'on glisse dans un four préalablement chauffé (à 175°) pour 45mn environ. Et on laisse refroidir avant de se mettre au glaçage.

65g de beurre ramolli
100g de Philadelphia Cream Cheese (désormais en vente dans tous les supermarchés)
50g de sucre glace.
Pour obtenir une crème bien lisse que l'on étale ensuite sur le carrot cake. Voilà, c'est fait ! Ya plus qu'à déguster.

Variantes :
- Cannelle et cardamone peuvent être remplacées par 3 cuillérées à café de quatre épices ...
- Au lieu d'un moule à cake, utiliser un moule (carré ou rectangulaire) qui permettra de couper des bouchées plutôt que des tranches. Dans ce cas, réduire le temps de cuisson à .. 20 ou 30mn.




23 juillet 2017

Kóblic

Kóblic -  avec un accent aigü sur le O ! - est le nom du pilote argentin hanté par la mission qu'il a fait l'erreur d'accepter. Il a depuis déserté et cherche à se faire oublier autant qu'à oublier sa part de responsabilité et donc sa culpabilité.  Mais il n'est pas si facile de disparaître dans l'Argentine de la dictature, surtout quand le maire du village est un homme sans scrupule et très soupçonneux.

C'est bien sûr à Ricardo Darin qu'a été confié le beau rôle de Kóblic, un personnage "avec conscience" qui s'interroge sur la difficulté qu'il y a à définir les limites du bien et du mal, mais surtout ses propres capacités à refuser ou à accepter des actes auxquels sa conscience répugne.


Sebastián Borensztein est le réalisateur de Chino, de Sin Memoria : Un réalisateur à suivre c'est certain !

22 juillet 2017

Pietro Grossi, Le Passage


D'un bord l'autre. Depuis Upernavik au Groeland jusqu'à Pond Inlet au Canada !  Si les noms ne vous disent rien, un petit tour sur Google Map vous permettra de découvrir par quelles latitudes Nord se situe le légendaire passage du Nord Ouest.

Car c'est cette traversée entre deux continents qu'entreprennent, sur un voilier de 12 mètres, un père et son fils. Le problème, à priori, n'est pas tant la navigation mais la relation désastreuse des deux hommes qui ne se sont pas vus depuis des années et s'étaient de toute façon quittés en très mauvais termes.

Le roman démarre lentement, avec des personnages un peu convenus - un père égoïste, colérique et fantasque, un fils qui peine à trouver sa place, mais en plaçant ses personnages dans un environnement inhabituel, le Grand Nord et qui plus est sur un bateau où la moindre avarie peut conduire à la tragédie, Pietro Grossi réussit à captiver son lecteur et pour un peu, nous donnerait l'envie d'aller naviguer par là-bas. Mais pas avec le même équipage!

 Un roman parfait par temps de canicule !  Là-bas les journées d'été sont encore plus longues qu'ici, mais beaucoup plus fraiches !

21 juillet 2017

20 juillet 2017

Raphaël Jerusalmy, Evacuation


Ils sont trois, trois à ne pas avoir suivi l'ordre d'évacuation. Trois à se retrouver dans une ville désertée par ses habitants, sous la menace des bombardements. Il y a Saba, le vieil homme, Naor son petit-fils et sa petite amie Taël. 

Ils ne se sont pas concertés, ont plutôt réagi de façon impulsive et vont devoir apprendre à survivre dans cette ville où soudain tout fait défaut. Mais "survivre" n'est pas le bon mot, car ils se procurent sans difficulté un logement et de la nourriture. En fait, il s'agit, pour Saba, Naor et Yael de réinventer la vie c'est à dire d'ouvrir les yeux (Naor est apprenti cinéaste), d'ouvrir son coeur.

Evacuation est un livre au charme étrange, une longue errance dans "une bête ville du tiers-monde", "mal agencée et pas très propre" qui pourtant envoûte : "Tel-Aviv sans les gens. Sans la faune et le bruit.  [...] Une ville qui a l'air de faire exprès de ne pas être belle. Pour que tu t'attaches à ceux qui y vivent. Pas à ses pierres. " 

Evacuation est le récit d'une fugue, d'un voyage à travers Israël, c'est un poème, une symphonie. Plus j'essaye de trouver les mots qui conviennent pour rendre compte du plaisir de ma lecture, plus ma pensée s'effiloche. 

Evacuation, dit son éditeur, "est un conte sans morale, une bulle de poésie arrachée aux entrailles de l'histoire, une ode urbaine au désir de vivre, et de paix."

C'est en tout cas une lecture singulièrement dépaysante et apaisante. 


19 juillet 2017

2000 !




2000 billets publiés depuis ... une dizaine d'années ! 2000 billets partis je ne sais où dans la blogosphère ...

Ce blog, commencé pour mes étudiants a sans doute perdu sa fonction première :  "3 minutes  pour la cuture" volées à l'emploi du temps surchargé et minuté des classes prépa. Mais il poursuit sa route, et ne cesse de divaguer d'un sujet à l'autre, au gré des jours, au gré des films et des livres, des expositions et des musées, des escapades et des voyages, tout ce qui rythme ma vie depuis le premier billet, depuis toujours.

Tout ?
Certainement pas ! Puisque je me limite à ce qui est du domaine culturel. Mais la culture est un territoire suffisamment vaste pour qu'on ne se lasse jamais de l'explorer.

Pourquoi cette frénésie culturelle, qui frôle parfois la boulimie ?
Parce que la culture, telle que je la conçois, c'est tout simplement une façon de découvrir l'autre, les autres, de m'approcher d'eux, d'essayer de comprendre leur façon de penser. Je n'ai bien sûr qu'une vie, mais en lisant, en allant au cinéma, en voyageant, j'ai l'impression d'en avoir mille, et que mille autres m'attendent ailleurs dans le monde, dans les salles obscures ou sur les étagères des bibliothèques.

Cependant, ce que j'aime plus encore, ce qui me fait abandonner les salles de cinéma, les musées et les librairies, ce dont je ne me lasse jamais, qui toujours m'émerveille quelle que soit son humeur, c'est bien évidemment ... la mer, toujours ouverte sur l'infini.  Bleue aujourd'hui, grise demain et parfois violette. La mer, toujours trop loin.




18 juillet 2017

Le Caire confidentiel


Il est flic. Sans doute entré dans la police égyptienne grâce à l'intervention de son oncle, qui lui confie l'enquête sur l'assassinat d'une jeune femme trouvée morte dans sa chambre d'hôtel.
Banal le sujet. Et le flic, Nouredine n'a pas un charisme extraordinaire. Il fume comme on ne fume que dans les romans policiers (ou les vieux films avec Bogart), mais il est obstiné, entêté même et une fois son enquête commencée,  rien ne l'arrête.


Voilà la première lecture du film de Tarik Saleh, situé, au début des manifestations du "printemps égyptien". Et ce n'est pas un hasard  ! Car la deuxième lecture du film est franchement politique et permet de voir à quel point la société égyptienne est gangrenée par la corruption. Du plus bas de l'échelle sociale jusqu'aux plus hautes sphères du gouvernement. La démonstration est imparable. Et c'est ce qui fait tout l'intérêt de ce polar un peu lent, mais tellement plus intéressant qu'un N ième documentaire sur la société égyptienne !

17 juillet 2017

William Maxwell : Au revoir, à demain


Très connu dans le milieu de l'édition américaine puisqu'il a été éditeur du département fiction du New Yorker pendant près de 40 ans, William Maxwell l'est certainement moins en France.

L'un de ses livres, paru en 1980,  vient d'être réédité :  inspiré en partie par ses propres souvenirs d'enfance,  Au Revoir, A demain (So long, See you tomorrow)  est un roman difficile à appréhender, sans doute parce qu'il aborde des thèmes multiples, celui de l'enfance d'abord -  une enfance rurale quelque part dans l'Illinois -  mais aussi plus largement celui du deuil, deuil de la mère trop tôt disparue, des familles éclatées, deuil surtout d'une amitié perdue. Le narrateur se souvient de son enfance solitaire, quelque part dans l'Illinois rural,  et du réconfort trouvé dans cette brève amitié interrompue par l'inconséquence des grandes personnes. Car on peut suivre dans le livre une autre ligne narrative qui est celle des adultes, de l'adultère et de la violence.
 
Ce roman m'a laissée un peu perplexe, sans doute parce qu'il croise beaucoup de fils et que l'on peine à distinguer la trame principale. Bien que l'originalité du livre tienne justement au fait qu'il multiplie les possibilités de lecture et laisse le lecteur libre de suivre sa propre trace quitte à ne s'intéresser qu'à l'intrigue policière puisque meurtre il y a.

Le graphiste, Quentin Poilvet, a, je crois, bien rendu l'esprit du roman en suggérant la multiplicité des possibles sur fond de ruralité... mais aussi la tonalité, sombre évidemment, nostalgique sans doute, pudique certainement et d'une grande sobriété dans son écriture.

Au revoir, A demain est un livre qui mériterait bien quelques échanges dans un club de lecture....




16 juillet 2017

Le Vénérable W.

Pas vraiment convaincue par ce documentaire de Barbet Schroeder sur Ashin Wirathu, ce moine bouddhiste qui, au nom de sa foi, appelle à l'extermination des musulmans et en particulier des Rohingyas, une ethnie très minoritaire en Birmanie.


Le réalisateur, qui a construit sa réputation de documentariste en faisant le portrait de ceux qui représentent le mal incarné (Amin Dada, Paul Vergès),  achève ainsi sa trilogie. 

L'affiche est plus que parlante et les premiers propos du moine ne laissent aucun doute sur ses intentions,  d'autant plus choquantes que le bouddhisme passe pour prêcher la pauvreté, le renoncement et la non-violence. 
Mais que reste-t-il du bouddhisme dans l'obstination de Wirathu à inciter une population crédule à  la haine pour éliminer, par la force et par le feu une autre partie de la population présentée comme haïssable ?  

Le bouddhisme bénéficie en Occident d'une considération particulièrement bienveillante. Et le premier mérite du film est sans doute de contribuer à déciller les yeux du spectateur et à lui faire prendre conscience du fait que le bouddhisme, comme toutes les croyances, a aussi ses dérives. Le film permet ainsi à chacun de s'interroger sur la façon dont fonctionne toute propagande, qu'elle soit religieuse ou politique, lorsque nul esprit critique ne vient lui faire obstacle.   

La leçon du film est claire bien que le réalisateur s'efforce de livrer les données brutes et tente de s'effacer derrière son sujet. J'ai été pourtant gênée par la façon dont le film est présenté, alternant une longue interview du moine en question qui ne semble jamais lassé de pérorer, des images d'archives enregistrées à la volée sur des portables, forcément mal cadrée ou floues puisque clandestines, et des témoignages de journalistes ou d'observateurs dont l'identité n'est donnée que dans le générique de fin. C'est certainement un parti pris de la part de Barbet Schroeder, mais je m'interroge sur la pertinence du procédé.  Il est vrai que la marge est étroite entre la manipulation des images et celle des esprits.



15 juillet 2017

America mag


Le numéro 2 est sorti ! Aussi riche que le premier, aussi passionnant, aussi engagé.



Mais, en dépit du titre,  la maison, hélas !  ne flanche pas vraiment. Pas suffisamment en tout cas pour se débarrasser, d'un coup de roulis, de cet affreux personnage qui de surcroît est venu me gâcher mon 14 Juillet !

14 juillet 2017

Jean-Paul Dubois et l'Amérique

Jean-Paul Dubois n'aime pas l'Amérique. Et il le dit fort bien.
Comme c'est un auteur que j'apprécie énormément, je n'irai pas lui reprocher son anti américanisme, d'autant qu'il n'a rien de primaire et qu'il est fort bien documenté. Tout ce qu'il dit dans L'Amérique m'inquiète - un ensemble d'articles écrits pour le Nouvel Observateur, publiés une première fois en recueil en 1997 et tout juste réédités -  est indubitablement vrai. Je ne conteste en rien ce qui est dit dans ce livre et reconnais qu'il y a souvent de quoi lever un sourcil devant ce portrait de l'Amérique ordinaire.
Ce que je reproche en revanche à Jean-Paul Dubois c'est d'accumuler les exemples négatifs, les aberrations, les excès et de ne parler que de ce qui effectivement fait problème et suscite au mieux l'ironie, mais plus souvent l'effarement ou la colère. Son recueil constitue donc bien un portrait juste des Etats-Unis,  mais un portrait exclusivement à charge dont il a, avec le talent qu'on lui connaît accentué et noirci les traits.
Jean-Paul Dubois n'aime pas l'Amérique.  Moi, j'aime bien l'Amérique. C'est son actuel président que je n'aime pas.


          Version 1996                                                        Version 2017

13 juillet 2017

Le Revard


Le Musée du Fixé dont je parlais hier, est situé dans l'ancien hôtel PLM du Revard, un bâtiment qui à lui seul mérite une visite tant il évoque une époque de fastes révolus.




D'hôtel il n'est plus question puisqu'il a été vendu à la découpe. Son aile gauche néanmoins -  celle qui abrite le musée - n'a pas encore bénéficié d'un ravalement de façade comme sa voisine, mais elle a gardé le charme des vieilles dames un peu défraîchies.


Depuis la piste d'envol des parapentes située un peu plus haut, la vue est spectaculaire.



Et terriblement poétique !  "Ô temps, suspend ton vol ..."

12 juillet 2017

Le Musée du fixé

Etrange petit musée que celui qui vient d'ouvrir au Revard. Un musée consacré à la peinture sous verre que l'on appelle aussi "fixé".
Pas question d'improvisation avec le fixé puisque l'artiste procède à l'inverse d'un peintre traditionnel, et pose éventuellement (car beaucoup d'oeuvres ne sont pas signées) sa signature avant même de commencer à peindre les détails du premier plan et de procéder par couches successives jusqu'à l'arrière plan. Pas de retouches, pas de repentirs !


Le résultat est souvent bluffant ! Et requiert c'est évident autant de minutie que de concentration.


Et pour celui qui regarde, chaque tableau est une énigme : le bonnet, la rose et la ceinture pour commencer, mais la main avant la ceinture, les fleurs sur le tapis avant la trame jaune ... etc.


 L'art du fixé, a été pratiqué en Europe, mais aussi en Asie et en Afrique, comme le montre joliment la collection du musée du Revard. Une bien jolie visite.


https://museedurevard.org/




11 juillet 2017

Téhéran Tabou

En été,  au cinéma, on a droit aux reprises, mais aussi aux avant-premières. Et c'est ainsi que j'ai eu la chance de voir le film d'Ali Soozandeh, Téhéran Tabou, un film en tous points surprenant. Comme le suggère très bien l'affiche...


Surprenant d'abord par la technique utilisée : la rotoscopie, c'est à dire que le film est joué par de vrais acteurs, mais leurs traits sont ensuite redessinés. L'avantage sur l'animation simple, c'est que le rendu des expressions, des attitudes, des mouvements est beaucoup plus fin, beaucoup plus subtil. Forcément, puisqu'à la base ce sont de vrais acteurs.
Mais on ne va pas voir un film pour un procédé technique. Ce qui m'a fait choisir ce film, c'est ce qu'il allait m'apprendre de la société iranienne. Une société policée par des religieux obtus, mais qui trouve tous les moyens de contourner les règles, les traditions. Le réalisateur a construit son film autour de quelques personnages, une prostituée, mère d'un jeune enfant qu'elle ne peut inscrire à l'école tant qu'elle n'a pas de certificat de paternité, une jeune "fiancée" qui vient de perdre sa virginité et cherche à la reconstituer avant le mariage, un musicien fauché qui cherche à se procurer l'argent nécessaire pour "réparer" son erreur... Chaque situation, chaque péripétie apporte la preuve d'une société totalement schizophrène, engluée dans ses tabous et qui pourtant déploie une énergie folle pour se sortir de situations absurdes, avec pour seules perspectives la fuite ou le désespoir.
Le film pourrait être pesant. Il ne l'est pas, sans doute à cause de cette énergie qui traverse les personnages, de cette volonté farouche de s'en sortir. Peut-être aussi à cause de ce procédé technique qui permet de mettre à distance leur désespoir.
Le film sortira à l'automne (4 octobre).  Ne manquez pas la date ! 

09 juillet 2017

Jennifer Clément, Prières pour celles qui furent volées

Voilà un livre beaucoup plus sombre que les couleurs de sa couverture ne le laissent entendre, mais qui ne surprendra pas les familiers du cinéma mexicain. Car il s'agit une fois de plus de montrer la main mise des cartels de la drogue sur l'ensemble de la société mexicaine.


Jennifer Clément, qui vit actuellement à Mexico City a écrit un livre qui tient du reportage pour la qualité de l'information et de la fiction pour la qualité de son écriture et l'émotion que suscite le sort de ses petites filles que leurs mères enlaidissent autant que possible ou déguisent en garçons pour éviter qu'elles ne soient enlevées par les sbires des barons de la drogue.

L'auteur a choisi de raconter le destin de ses petites filles en se plaçant à leur hauteur : elles sont naïves comme tous les enfants, mais leur candeur ne tient pas longtemps devant la brutalité des faits. Elles sont malgré tout rieuses, joueuses, pleines de rêves et d'espoir, et c'est bien parce que l'auteur fait de ces petites filles des enfants ordinaires que son récit émeut autant. 



08 juillet 2017

Robert Altman, Le Privé

Avec l'été, voici revenu le temps des reprises, l'occasion de revoir  (ou de découvrir) un certain nombre de film qui avaient disparu de notre horizon immédiat. Sur grand écran évidemment. Et en VO.

Ainsi ce film de Robert Altman qui date de 1973 : Le Privé.


Le Privé est un polar indolent où l'on retrouve le regard à la fois indulgent et sarcastique que porte le réalisateur sur ses personnages, et plus généralement sur l'Amérique et le cinéma des années 70. Car, avec le recul, c'est peut-être ce jeu avec les codes du polar qui séduit le plus.  L'histoire en effet est compliquée à souhait, meurtre, adultère, détournement d'argent ... mais les péripéties de l'intrigue importent moins que la façon dont Altman fait avancer son film, en alternant clichés et détails insolites. Ainsi Elliott Gould incarne un détective privé, plus soucieux du confort de son chat,  que de l'élucidation du meurtre dont est soupçonné son meilleur ami; embarqué malgré lui dans une enquête qui met sa vie en danger, il garde sa nonchalance, et se contente d'allumer cigarette sur cigarette. Est-ce qu'on fumait vraiment autant dans les années 70 ?
Le Privé en tout cas, fournit une excellente occasion de mesurer l'écart entre le cinéma des années 70 et celui d'aujourd'hui ! Bien que les films de Robert Alman penchent plus du côté du cinéma d'auteur que du cinéma de genre
Quoi qu'il en soit, quand un auteur revisite le cinéma de genre, le résultat est plutôt séduisant.

05 juillet 2017

Joseph Inguimberty


Pas de passage à Marseille sans découverte. Il faut dire que l'offre des musées est large et variée.
Ainsi le musée Regards de Provence propose en ce moment deux expositions, l'une intitulée Escales méditerranéennes est une variation thématique sur les ports de Méditerranée, de Collioures jusqu'à Menton.
L'autre est consacrée à Joseph Inguimberty, un peintre que l'on découvre dès le hall d'entrée par une grand panneau qui figure des dockers en train de décharger des sacs de plâtre. Le tableau date de 1923, et surprend par son réalisme. Mais Joseph Inguimberty suit apparemment son propre chemin, insoucieux des courants qui, à la même époque, mettent le monde de l'art sens dessus-dessous.


Deux ans plus tard le voilà professeur à Tonkin d'où il ne reviendra que contraint et forcé par les événéments en 1946. Du Tonkin il ramène de superbes tableaux dont les jeux d'ombre et de lumière peuvent rendre jaloux n'importe quel photographe pour qui saisir le chatoiement des couleurs et  es percées de lumière à travers les frondaisons d'un sous-bois est un graal inaccessible.  Supériorité du pinceau sur l'appareil numérique ? Incontestablement.





Il y a dans les tableaux de Joseph Inguimberty, une douceur qui tient autant aux lignes qu'aux couleur et qui en fait tout le charme.


Qu'il s'agisse de paysages asiatiques, comme la baie d'Halong ...

... ou méditerranéens, comme la calanque de Sormiou. 


03 juillet 2017

Bleu lavande

De Grignan à Taulignan les champs de lavandes se succèdent. Plaisir de l'oeil, jamais lassé de se perdre dans la couleur. 
Mais cauchemar du photographe dont l'appareil photo ne restitue jamais la couleur précise qu'il avait dans l'oeil. L'image est trop grise, trop bleue, trop violette, trop... trop... sans compter que la profondeur de champ lui joue de mauvais tours.


Et les brins d'avoine, et les tiges vertes... 


Pourtant, sur les portes et les volets de Taulignan, le bleu lavande est bien là !


Et le ciel lui même semble vouloir couvrir de bleu lavande le village entier.



02 juillet 2017

Grignan : le domaine de la Marquise

Bien qu'elle ne soit pas née à Grignan et qu'elle n'y ait fait que de courts séjours pour rendre visite à sa fille avant d'y mourir en 1796, Marie de Rabutin-Chantal, Marquise de Sévigné a néanmoins laissé son empreinte sur la ville.

Elle a, bien entendu, sa statue au centre de la petite ville...


 mais aussi des chocolats à son nom ...


     un vin ...


 

un hôtel ...

Une si grande notoriété pour une plume et du papier ?  Pas si mal pour une femme de lettres !

Lorenzaccio au château de Grignan

L'histoire de ce jeune homme fougueux, épris d'idéal qui, lassé de la corruption qui règne sur Florence et fatigué d'attendre que les bons républicains passent à l'action, décide d'agir, seul, pour débarrasser la ville du tyran qui la gouverne est bien connue. Et l'on sait aussi que pour approcher du Duc, il a dû endosser pour un temps le costume de débauché et, à l'instar des autres courtisans se vautrer dans le stupre et la vilénie.

Oui, on sait tout cela, mais la pièce de Musset n'a rien perdu de son intérêt, ni de son actualité car les moeurs des politiciens ne changent guère et la corruption est toujours de règle dans les sphères du pouvoir, aujourd'hui, comme au temps de Musset ou à l'époque des Médicis.

Chaque nouvelle mise en scène permet ainsi au spectateur  d'interpréter la pièce en fonction du contexte historique dans lequel il se trouve. C'est à cela même que l'on reconnaît un texte classique, au fait qu'il fait sens, quelle que soit l'époque où on le lit. 

L'entreprise de Marie-Claude Pietragalla et de ses deux comparses, Daniel Mesguisch et Julien Deroualt,  n'était pourtant pas gagné d'avance. Car le parti pris de faire jouer les corps et de donner au texte de Musset une dimension véritablement charnelle pouvait déséquilibrer la pièce. Ce qui n'est pas le cas. On admire bien sûr les performances physiques des acteurs, qui parviennent à maîtriser suffisamment leur souffle pour dire leur texte et le vivre.  Les projections vidéos qui enflamment la façade du château, concourent elles aussi à donner de la profondeur au spectacle, qui se joue dès lors dans les trois dimensions de l'espace. 

Les puristes y trouveront peut-être à redire, mais il me plaît que des créateurs d'aujourd'hui unissent leurs compétences pour donner vie à cette pièce que Musset lui-même avait renoncé à faire jouer. Au spectateur d'aborder la soirée sans préjugés pour apprécier pleinement la créativité du metteur en scène et de la chorégraphe. Le Lorenzaccio donné cet été au château de Grigan  est un spectacle éblouissant auquel on se laisse aisément prendre, au point d'intégrer comme un élément de la scénographie, les éclairs et les coups de tonnerre, qui semblaient, ce soir là, ponctuer la montée vers la tragédie. L'orage hélas a contraint les organisateurs à interrompre le spectacle 1/2 h avant la fin et a privé les acteurs des applaudissements qui leur étaient pourtant dus.