18 août 2017

Heurtoirs


Cinque batacchi per integrare la tua collezione, Alma ! 
(Mi piace di piu l'ultimo, piu moderno !) 







17 août 2017

Au gré du courant

Encore un film de  Mikio Naruse. Encore un film qui permet de s'initier à la culture japonaise, celle en tout cas du milieu du XXe siècle puisque Au gré du courant est sorti en 1956.

A la suite de Rika, on se glisse dans une maison de geishas, certes d'excellente réputation, mais désormais sur le déclin et au bord de la faillite. Il faut un certain temps pour repérer les différents personnages, pour comprendre leur position dans le microcosme social de la maison, les relations entre elles, leur personnalité. Et, bien que fascinée par les incessants changements de kimono, j'avoue que mon attention a plusieurs fois failli. Une longue mise en place donc,  mais ensuite, dès qu'on a compris où le cinéaste voulait en venir, le film devient passionnant.

En effet, ce que Mikio Maruse met en place c'est la fin d'un monde. La fin d'un Japon traditionnel qu'il saisit dans son double aspect  campagnard et urbain, puisque Rika incarne, face à l'agitation des geishas, le calme, la gentillesse, la courtoisie, la générosité, d'une femme de la campagne, alors même qu'elle a vécu une double tragédie.  Le monde des geishas, bien que fait lui aussi de traditions, est sans cesse agité de crises et d'éclats ; il est soumis en outre à des contraintes financières qui auront bientôt raison de lui. L'un des personnages, la fille de la patronne, a bien compris que la société était en train de changer, que le temps où les femmes ne pouvaient vivre que dans la dépendance des hommes va disparaître. Elle achète une machine à coudre et apprend un métier qui lui permettra d'être autonome. Mon personnage préféré bien entendu !

16 août 2017

Memories of Murder

Le film de Bong Joon-ho date de 2003, mais il n'a pas pris un pli : noir comme un polar coréen, il mêle cependant tous les genres et maintient un équilibre remarquable entre des scènes dramatiques, macabres, voire fantastiques,  et d'autres franchement bouffonnes qui relèvent de la comédie sarcastique.


Le sujet est relativement banal pour un polar ; au fond de la campagne coréenne, des policiers sont chargés d'enquêter sur une série de meurtre tous exécutés de la même façon. Les flics chargés de l'enquête sont, comme de coutume, deux : un balourd, peu regardant sur les méthodes d'interrogation, qui prétend se fier à son intuition et un enquêteur venu de Séoul, adepte des méthodes scientifiques et du contrôle de soi. Mais d'ici la fin de l'enquête les deux flics auront tout le temps d'évoluer et d'abandonner leurs préjugés.
L'intrigue est serrée, on ne sait jamais où va nous mener le prochain rebondissement et le réalisateur sait jouer comme personne avec les attentes du spectateurs qu'il ne cesse de prendre à revers. Bong Joon-ho, qui n'en était alors qu'à son deuxième film et a montré par la suite qu'il pouvait passer avec aisance d'un genre à un autre, excelle ici à construire un polar qui a marqué un tournant dans l'histoire du film policier et a inspiré d'autres cinéastes, en particulier espagnols. Je pense  à Alberto Rodriguez qui en reprenant  dans Isla Minima la scène d'ouverture du cinéaste coréen, semble lui rendre hommage.
Ce que ces deux cinéastes ont en commun, me semble-t-il, c'est leur capacité à créer une atmosphère, un climat à la fois mental et visuel. Et j'avoue que cette photo du tunnel, avec les deux figures à contre-jour et la courbe des rails qui sortent de l'obscurité et font le lien entre les personnages et le spectateur, à l'autre  bout du tunnel me restera en mémoire pour un  bon moment !









15 août 2017

Sinan Antoon : Seul le grenadier


Ce livre est effroyable, mais cela n'a rien à voir avec les polars bien glauques ou très sanglants déjà lus. Non, le livre est effroyable parce que ce n'est pas un polar, ce n'est pas une histoire sortie de l'imagination d'un écrivain, c'est tout simplement la réalité. Celle de l'Irak, avant et après Saddam.

Il faut donc avoir le coeur bien accroché pour se lancer dans la lecture de ce livre. Ne pas avoir peur de côtoyer la mort et la violence, mais surtout la mort puisque laver les cadavres, c'est le métier du père de Jawad, le narrateur. Un métier qui s'est transmis de génération en génération, mais Jawad n'a aucunement envie de poursuivre la tradition parce qu'il cherche désespérément à rester du côté de la vie, du côté de l'art. Son talent à lui c'est la sculpture, mais comment être artiste dans un pays en guerre, dans un pays envahi.

Jawad raconte son quotidien, jamais facile; il raconte ses cauchemars qui sont à peine pires que la réalité; il raconte aussi ses espoirs, ses amours, ses professeurs qui l'encouragent dans sa voie.
L'intérêt du livre tient beaucoup à cette voix, celle d'un homme lucide, conscient de la situation dans laquelle se trouve son pays, déchiré par une guerre qu'il qualifie de confessionnel, lui qui, bien que sa famille soit chiite, a renoncé à toute religion. Rarement dans un livre on aura aussi bien montré que le destin d'un individu est indissociable du destin du monde.

J'ai cru percevoir dans ce livre quelques maladresses d'écriture (ou de traduction), mais me suis laissée emporter par la force du récit, la force du témoignage. Un livre toutefois dont on met un peu de temps à se remettre.


14 août 2017

Souvenir d'Arles 2017

Le charme d'une ville au petit matin, lorsqu'elle s'éveille à peine. Lorsque ses habitants ouvrent leurs volets, sortent sur le pas de leur porte et s'assoient sur la margelle pour boire leur café, parce que plus tard dans la matinée, il fera chaud, très chaud.




J'aime errer au hasard dans les rues d'Arles, mais j'aime aussi y avoir mes habitudes; d'abord les amis qu'on y retrouve parce qu'on l'a décidé de longue date et ceux que l'on retrouve par hasard, au même endroit, le même jour sans s'être concertés; la Cuisine du comptoir où l'on se donne rendez-vous pour le déjeuner du premier jour, le bar du Tambourin pour des petits déjeunes café-baguette,  où l'on tend l'oreille aux propos des habitués, des aficionados pour la plupart; la librairie Actes Sud et son restaurant où l'on déguste un tajin, ou mieux encore une pastilla avec un verre de vin ou de thé à la menthe. Ce sont ces petites habitudes crées au fil des ans qui me font revenir chaque année à Arles.

13 août 2017

Arles quand même !

 
Quoi que l'on pense des photos et des photographes, quoi que l'on dise des Rencontres d'Arles, cette ville a un charme fou. Et on y revient toujours.







12 août 2017

Arles 2017 : pêle-mêle latino


  Au détour d'une exposition, il y a parfois une photo, une seule, qui frappe l'oeil.


Le montage d'une étudiante de l'ENSP en résidence à l'Institut français de Bogota.



Une photo toute en couleurs (l'entrée d'un bordel au Brésil)  d'un photographe argentin, Ataulfo Pérez Aznar, plus connu pour son travail en noir et blanc.




 Une série sur des écoles abandonnées dans des villages colombiens vidés de leurs habitants par les FARC : guerre civile et éducation ne font pas bon ménage.

L'Amérique latine et en particulier la Colombie était à l'honneur cette année à Arles.


11 août 2017

Arles 2017 (suite)


Malgré ma déception, j'ai retenu quelques expos, quelques photographes. Une moisson moins généreuse que les saisons passées, mais de belles découvertes quand même.

Un choix facile pour commencer : Joël Meyerowitz,  un des si ce n'est "le maître américain de la couleur" et spécialiste de la photo de rue.


Masahisa Fukase ensuite, plus difficile à aimer peut-être, parce que ses photos rendent compte d'un univers mental étrange, sombre parfois, mais pas dépourvu d'ironie. La tristesse, la solitude, la curiosité...des thèmes qui émergent et laissent le choix au spectateur de se laisser happer ou de résister.



 Le reportage de Mathieu Pernot sur une famille de Roms, les Gorgan est intéressant dans la mesure où il s'étale dans le temps, 20 ans, ce qui a permis au photographe de s'approcher au plus près de son sujet, tout en respectant les limites de l'intimité.



Niels Ackermann et Sébastien Gobert se sont eux intéressés au sort des 5500 statues de Lénine, autrefois installées un peu partout en Ukraine et depuis 2015, mises au rencart, déboulonnées, renversées, abandonnées. La mise au placard d'une icône et d'une idéologie ! 



Gideon Mendel, lui,  tourne son regard vers le futur de la planète en photographiant depuis 10 ans, les conséquences sur les gens des inondations dues au réchauffement climatique. Au Nigeria comme en Angleterre, en Inde comme au Brésil. Une expo pour les climato-sceptiques?


10 août 2017

Arles 2017


Arles change. Une évolution que l'on pouvait déjà pressentir l'an passé, avec de plus en plus de photographes "engagés" qui cherchent avant tout à témoigner de l'état de la société, de l'état du monde - qui va très mal !  Je n'ai jamais été à Perpignan où Visa pour l'image propose une sélection de photos délibérément ancrées dans la réalité de la misère et des guerres. Mais il me semble que la distance  entre les propositions d'Arles et le photo-journalisme pur et dur s'atténue d'année en année.
Témoigner est bien sûr une des fonctions de la photo, mais ce n'est pas la seule.

J'ai parfois eu l'impression, en parcourant les expositions, que le concept prenait de plus en plus le pas sur la recherche esthétique. Je sais bien que l'art conceptuel est une tendance forte de l'art contemporain et que pour certains artistes, il n'est même plus besoin de réaliser  un objet, d'inscrire l'idée dans la matière.  J'avoue que c'est là ma limite et que l'art purement conceptuel m'ennuie profondément. J'aime que s'entrelacent dans les formes, les couleurs, les matières, des émotions autant que des idées.

Oublier l'art ? Faire de la photo un outil au service d'une cause ? Après le roman à thèse, la photo à thèse ? Arles cette année, c'était plus que jamais le temps de l'interrogation.

Les lieux également changent. L'effet Luma peut-être ?  Les Ateliers SNCF sont de moins en moins déglingués, perdent un peu de leur charme, mais gagnent en confort (ah, l'air conditionné quand il fait 39° dehors ce n'est pas rien ! ). Pas d'exposition au Capitole, mon lieu préféré. Mais deux nouveaux lieux ouverts : la Maison des peintres et la Croisière.  La tour Getty commence à se couvrir de ses parements métalliques. Ouverture prévue en 2018. A temps pour les prochaines rencontres ?






09 août 2017

Nuages épars

Non, il ne s'agit pas d'un bulletin météo mais du titre d'un vieux film (1967) de Mikio Naruse. Son dernier film en fait.
Le sujet du film pourrait être cornélien puisqu'il s'agit d'une impossible histoire d'amour entre une femme et le meurtrier  - accidentel - de son mari.  Un sujet qui évoque irrésistiblement le vers que le très irrévérencieux Georges Fourest prête à Chiméne : "Qu'il est joli garçon l'assassin de papa ! ".
Mais Mikio Naruse est japonais et ces références qui traversent l'esprit du spectateur français ne sont pas les siennes.


Nuages épars met en scène un dilemme amoureux, mais il le met en scène dans la société japonaise, une société où chaque geste, chaque inclinaison, chaque regard, chaque mot est codifié. Bien qu'irrésistiblement attirés l'un par l'autre, les deux amants se heurtent à des obstacles qui tiennent en fait à eux même plus qu'à leur entourage.
Le film est subtil, délicat. Les situations sont suggérées, les dialogues esquissés en peu de mots, les passions contenues. Un demi sourire suffit à faire naître comme un espoir. Entre ce qui est et ce qui pourrait être la marge est étroite.

Il y a quelques mois, le Méliès présentait un autre film de Mikio Naruse, Nuages flottants. J'attends désormais la version restaurée de Nuages d'été...



08 août 2017

Thomas Reverdy, Le Jardin des colonies

Depuis que je suis sortie de ma zone de confort - la littérature américaine - je tombe sur des livres assez curieux. Comme celui-ci, écrit à quatre mains par un écrivain, Thomas Reverdy et un historien, Sylvain Venayre.

Je savais que les livres de Thomas Reverdy (Il était une ville, Les Evaporés, L'Envers du monde) reprennent inlassablement le thème de la disparition.  Je n'étais donc pas surprise de lui voir consacrer un livre au Jardin tropical de Vincennes, situé à deux pas de l'ancien Musée des Colonies, un jardin à ce point oublié qu'en se promenant entre les vestiges des grandes expositions coloniales de Nogent ou de Marseille, il peut arriver que l'on trébuche, au sens propre du terme, sur des statues oubliées dans l'herbe ou même ... un os de baleine !

Le Jardin des colonies n'est, à proprement parler,  ni un roman, ni un essai, ni même un document historique bien qu'il tienne un peu des trois à la fois. C'est une promenade nonchalante à travers un lieu, le  bois de Vincennes et un temps, celui des colonies. Avec quelques digressions du côté d'aujourd'hui qui s'est forcément construit sur notre passé, y compris notre passé colonial.

Le livre ouvre la porte à toutes les polémiques, surtout quand il s'agit de s'interroger sur l'hypothétique relation entre colonialisme  d'hier et terrorisme d'aujourd'hui, mais plus que tout il nourrit notre réflexion. Une raison suffisante pour en justifier la lecture. Mais il peut se lire aussi comme un récit de voyage, comme un guide touristique qui donne furieusement envie d'aller jusqu'à Vincennes pour découvrir en vrai, ce fameux jardin aujourd'hui dénommé Jardin d'agronomie tropicale René Dumont. Avouez que Jardin des colonies, ça sonne quand même mieux !

PS. J'ai un faible pour les livres qui me pousse pour aller sur Internet pour y trouver des images. Et bien sûr j'ai trouvé un lieun pour satisfaire ma curisosité !
http://www.pariscotejardin.fr/2011/07/le-jardin-d-agronomie-tropicale-rene-dumont/